Pendant quinze jours ont eu lieu les jeux olympiques d’hiver à Vancouver. J’ai regardé intensément les différentes épreuves avec un œil de passionné de sport. Cependant, au cours de cette quinzaine, j’ai pu voir (une nouvelle fois) que ma vision du sport n’est pas celle de la compétition d’aujourd’hui. Cela m’a inspiré quelques réflexions.
Avant d’aborder le côté purement sportif, j’aimerais parler de tout ce qui tourne autour.
Il faut savoir que pour accueillir les jeux olympiques, il faut présenter un dossier de candidature qui sera ensuite en concurrence avec les autres villes lors d’un vote. N’importe qui penserait que la ville qui a les meilleures infrastructures sportives serait désignée. Eh bien non ! Les jeux olympiques ont pris une telle dimension que la base sportive sera aussi (voir moins) importante que la popularité de la cité, que le village olympique, que l’accueil et la place des médias dans l’organisation, que le réseau de transport autour de la ville… Autrement dit, tu auras beau avoir les meilleures pistes du monde, si tu n’es pas très ‘glamour’, c’est foutu. Tout est donc devenu question de communication et de propagande, plus connu sous le nom de ‘lobbying’. C’est par exemple le cas de Londres qui accueillera les jeux olympiques de 2012 grâce à un maximum de copinage et de lèche-bottes. C’est d’autant plus grave qu’au final, Londres n’aura pas du tout fait ce qui était prévu…
Les jeux de Vancouver ont aussi montré à quel point ce mode d’élection était une aberration. Vancouver n’est pas du tout une ville où il fait très froid ; on y trouve plutôt un climat tempéré. C’est pour cette raison qu’il a fallu acheminer de la neige par camion, la fabriquer synthétiquement ou encore arroser abondamment les pistes. Pas très écologique comme procédé… (Et c’est un euphémisme).
De plus, il faut avouer que de plus en plus, les jeux olympiques prennent une dimension politique comme à Pékin en 2008 où les jeux ont servi de vaste propagande du régime chinois, un peu comme l’avait fait Hitler en 1936 à Berlin et à Garmisch-Partenkirchen…
D’autre part, la création d’énormes structures pour accueillir les médias et les spectateurs (autoroutes, aéroports, services de télés et de radios,…) dans des stations qui sont quasiment vierges, ainsi que les cérémonies d’ouverture et de clôture qui doivent être toujours plus énorme ne sont pas très respectueuses d’un point de vue écologique et social. Pour l’écologie, renseignez vous un peu sur ce qui se passe actuellement à Sotchi (qui accueillera les JO en 2014) et vous comprendrez bien comment la nature est totalement détruite par la création intégrale d’une station de ski. Par ailleurs, les chroniques d’Antoine de Maximy, aussi bien à Pékin qu’à Vancouver montrent bien à quel point les peuples locaux ne profitent absolument pas des retombées médiatiques et financières des JO.
Un des aspects les plus exaspérants du direct, c’est aussi le nombre de sponsors avant chaque épreuve où avant chaque prise d’antenne. C’est vraiment très agaçant d’entendre à répétition les slogans publicitaires de « Papi Brossard », etc…
Pour finir, j’ai trouvé les journalistes de France Télévisions d’une médiocrité patente. Entre celui coincé du cul (Gérard Holtz), celui qui défend Brian Joubert coûte que coûte alors que celui là même avoue qu’il n’en a fait qu’à sa tête (Nelson Monfort), celui qui veut nous faire croire que l’équipe de France, c’est le monde des bisounours où tout le monde s’entend bien (Patrick Montel), celui qui tombe dans le cliché (André Garcia qui nous explique que tous les matins, les Norvégiens font 25km en ski de fond pour aller chercher leur pain), celui qui s’enflamme aussi vite qu’il se calme (Alexandre Boyon), celui qui pose des questions inintéressantes (Marie Christelle Maury et Jean-René Godart), celui qui joue un peu trop sur l’émotion pour faire de l’audience (Laurent Luyat), celui qui n’est pas compétent dans la discipline qu’il commente (Laurent Bellet) et celui qui est chauvin à mourir (absolument tous), c’était pas très glorieux… Heureusement que les consultants remontaient un peu le niveau !
Revenons à l’aspect sportif. Pour moi le sport a 3 objectifs : le premier, c’est de se faire plaisir ; le deuxième, c’est de développer son mental et son physique de façon harmonieuse et enfin le troisième, c’est de rechercher la perfection, le beau geste, la belle action. Et je trouve que la compétition (telle qu’elle est aujourd’hui je répète) s’oppose en tout à ces objectifs.
De plus en plus souvent j’entends des sportifs, souvent des nageurs ou des tennismans qui, prennent leurs retraites en disant « je ne prends plus de plaisir à m’entraîner, il y a de la lassitude, blabla… ». Et pourtant quand on aime vraiment ce qu’on fais, ça peut durer des années et des années, regardez Jeannie Longo pour ne prendre que cet exemple. Mais ces athlètes font tellement de sacrifices (entraînement toute la journée, musculation, séparation de la famille,…) pour rester en haut et gagner toujours et encore qu’ils finissent par se lasser de leurs pratiques. C’est dingue ! Je cite Jigoro Kano, fondateur du judo en 1882 qui est un formidable pédagogue : « Ce type d’investissement excessif dans le développement de sa propre musculature ne peut se faire qu’en sacrifiant son évolution dans d’autres domaines, et cela n’en vaut vraiment pas la peine. » et « Le développement de la masse musculaire nécessite beaucoup d’efforts et cela sur une base quotidienne, impliquant une dépense excessive d’énergie en pure perte ». Je crois aussi que la professionnalisation n’est pas pour rien dans cette perte de plaisir. Vivre de ses passions, oui (c’est ce qu’on fait puisqu’on choisit son métier en fonction de ça) mais vivre de ses loisirs, non. Pourquoi gagne t’on de l’argent quand on travaille ? Parce qu’on fournit une main d’œuvre susceptible de créer des choses utiles à la société. Que produit le sport ? Rien, si ce n’est du plaisir pour les spectateurs. Or le plaisir est quelque chose de gratuit. Revenir à l’amateurisme, ça permettrait aux athlètes de ne plus se focaliser sur leurs sports et ainsi éviter l’ennui entre autre. Et en plus, les manifestations sportives pourraient être beaucoup moins chères car moins d’organisation, moins de primes… Quand on vit du sport, on est obligé de se montrer, de gagner pour pouvoir gagner de l’argent…
Je considère le sport comme une superbe école de vie. Le sport est une activité qui éduque les pratiquants, quelqu’il soit. Ainsi des valeurs telles que la politesse, le courage, la sincérité, l’honneur, la modestie, l’amitié, le respect, le contrôle de soi et autres doivent être enseignées dans n’importe quel discipline. Le sport permet d’avoir aussi un mental et un physique développé. Mais avec la compétition, les athlètes sont prêts à tout pour gagner, quitte à développer des muscles d’une manière assez atroce tandis que d’autres restent atrophiés, voire même à se doper. Je cite encore une fois Jigoro Kano : « […] et parce qu’ils s’investissent dans la compétition avec la ferme intention de gagner, ils n’ont aucun scrupule à développer une musculature déséquilibrée. […] Dans certains cas, leur insatiable appétit de victoire les pousse à dépasser les limites de leurs corps et ils ne peuvent éviter les blessures. […] Les activités les plus bénéfiques seraient alors celles qui favorisent un développement harmonieux du corps du point de vue physiologique, sans risque de blessure, tout en mettant l’accent sur une saine utilisation du corps. » Et il ne faut tout de même pas le but ultime de l’éducation physique, qui est de « développer un corps sain dont il est possible de faire bon usage dans le vie de tous les jours ». Quand je vois des sports tels que l’haltérophilie qui est très néfaste pour le cœur ou le ski de bosses qui est un calvaire pour le dos et les genoux, je ne vois pas bien l’intérêt…
D’un point de vue mental je pense qu’aujourd’hui être axé sur la compétition conduit à de l’irrespect. Parce qu’avec la compétition telle qu’elle est aujourd’hui, il ne faut plus donner le meilleur de soi-même, il faut surtout BATTRE l’adversaire. Et qu’importe s’il tombe ou s’il se blesse, du moment qu’on a gagné. Alors évidemment, tous les participants se saluent ou se serrent la main à la fin d’un tournoi mais c’est plus devenu un rituel qu’un véritable geste de respect. Il ne s’agit pas d’aseptiser le sport et tant mieux s’il reste toujours des « sales gosses ». Mais l’attitude générale devrait être plus saine.
Les organisateurs, la télé ne sont pas exempt non plus. Dans les compétitions de ski par exemple, une fois les favoris partis, hop ! plus rien. Alors qu’il restait encore une bonne vingtaine de concurrents. Mais comme ils ne sont pas intéressants, on coupe ! Alors qu’eux aussi méritent un grand respect parce qu’ils se dépassent aussi. Evidemment ils ne sont pas premiers mais qu’importe, ils se sont donnés à fond.
On peut aussi parler des insultes généralisées envers les arbitres. Celui qui est à l’origine là pour protéger la sécurité des participants est devenu le bouc émissaire des tous les acteurs du sport. D’ailleurs le sport conduit souvent au chauvinisme malheureusement et amène de temps à temps au hooliganisme et à la création de ‘beaufs’
Pour le troisième point, il suffit de constater pour vérifier. Actuellement pour gagner, on ne prend plus aucuns risques. On cherche avant tout l’efficacité. Alors que le sport a un coté artistique que beaucoup nient. Un exemple dans le patinage : les patineurs ne tentent plus de saut compliqués par peur de perdre. En football, le jeu devient très défensif pour ne pas prendre de but alors que l’objectif c’est d’en marquer. Au tennis, le service volée qui est très difficile, très technique mais souvent efficace est mis au placard et les joueurs tapent comme des brutes du fond de court…
Alors je ne dis pas que la compétition doit être supprimée loin de là. Elle peut être très intéressante si on l’utilise bien. Elle doit surtout servir à se jauger et s’améliorer. En gros, lors d’une épreuve, l’athlète se donne à fond, à 100% (et pas à 200% comme le disent bon nombre de gens qui n’ont l’air de pas comprendre ce qu’ils disent), se fais plaisir en essayant de faire les plus beaux mouvements et ensuite advienne que pourra. J’aime bien l’idée de battre ses propres records, comme en natation ou athlétisme. Par contre, avoir l’idée de battre les records du monde, on retombe dans les travers en voulant être meilleur que les autres.
Le sport est à la fois le reflet et la cause des problèmes actuels. Dans une société du « toujours plus », on cherche toujours à être meilleur que les autres. Cette vision du sport n’est pas la mienne. Le sport est un formidable vecteur d’éducation, de paix, d’émotion,… et il est grand temps de retrouver une éducation physique et sportive qui serait enseignée dès le plus jeune âge et de changer ces grandes compétitions. Il faudrait revenir à des tournois plus petits, moins gigantesques dans l’organisation et beaucoup plus centrés sur le sport. Multiplier les compétitions sans récompenses est une étape vers ce but. Pour finir deux citations. La première de Georges Orwell qui décrit le sport actuel : « Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence ; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins. » Et la deuxième d’Alfred Capus qui montre ce que devrait être le sport : « Moi, je ne joue pas pour gagner ou pour perdre. Je joue pour savoir si je vais gagner ou si je vais perdre.»
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