Dans le courant du mois de juillet, les quelques indignés qui occupaient chaque soir, de 19h à 21h, la place St Simplice avaient réfléchi aux messages à faire passer à leurs concitoyens, messages qui donneraient une idée de ce qu’ils sont et ressentent.
Huit phrases ont été ainsi définies et bientôt inscrites sur leur banderole « vitrine » accrochée au « mur de la démocratie » installé par leurs soins.
Les indignés :
1 - ne font l’apologie d’aucun parti politique
2 - rejettent toute forme de racisme
3 - ne sont pas tous de gauche
4 - en ont assez d’être en « sous-France »
5 - veulent un réveil citoyen
6 - sont solidaires de tous les peuples
7 - se méfient de tous les gouvernements
8 - prônent la non-violence

Ce mur de la démocratie consistait en trois grilles disposées en triangle :
une grille « vitrine »,
une grille « informations » où étaient régulièrement affichés divers articles de la presse alternative,
une grille « expression libre » où des espaces vierges (cartons, feuilles, panneaux) étaient à disposition de chacun souhaitant s’exprimer.
Anecdote : La banderole « vitrine », régulièrement polluée (essentiellement par des inscriptions haineuses ou/et appelant à rejoindre le FN) a vite été surnommée « Kenny », en référence à ce personnage du dessin animé « South Park » qui meurt pratiquement à chaque épisode.
En arrivant, notre question était : « Alors ? Ils ont encore une fois tué Kenny ? » et de constater les dégâts, et de les réparer tant bien que mal, jusqu’à que nous décidions de le ramener chez l’un de nous chaque soir pour le raccrocher le lendemain.
Ces huit phrases continuent toujours à nous définir avec fidélité et, même après quatre mois, nous n’en changerions pas un mot.
La première phrase agace prodigieusement les militants de partis qui voudraient tant nous récupérer (peine perdue)
La deuxième écarte les adeptes du FN, ce dont nous ne plaignons pas, bien au contraire.
La troisième horripile les partis ou syndicats que l’on pourrait croire « amis » des indignés.
Est-ce à cause de ces trois phrases que les indignés ne sont absolument pas soutenus ni par les uns, ni par les autres ? Peut-être et si oui, pas seulement.
Quand ils viennent, ce n’est pas pour nous rejoindre, c’est dans l’espoir de nous recruter.
Si nous leur demandons de ne pas aborder leurs drapeaux, leurs auto-collants, leurs signes reconnaissables, cela suffit à les faire partir ou à les faire renoncer de participer à une de nos actions.
Nous savons que le PC, (à Metz, au moins) refuse de dialoguer avec nous.
Nous avons vu des militants du NPA passer lors du dernier scrutin du référendum pour nous regarder d’un air goguenard, sans lever le petit doigt pour nous aider.
Nous avons eu la visite de deux militants d’un syndicat, le jour du premier scrutin ; ils ont échangé quelques mots avec nous et sont partis, sans nous aider, sans même participer au vote.
Personnellement , je n’en suis pas surprise. J’ai compris depuis un bon bout de temps que nous sommes seuls, nous, les citoyens.
Et la période de contestation du projet du gouvernement concernant la régression des retraites m’a encore démontré que j’ai raison.
Tout a été fait pour que nous ne puissions faire réellement pression sur le gouvernement.
Malgré 3 millions de personnes dans la rue, malgré 70 % de Français contre le projet, les syndicats, les partis ont laissé s’essouffler la mobilisation, sciemment, volontairement.
Renoncer à leur soutien, donc, ne va pas être difficile : ils ne nous ont jamais aidés.
***
Concentrons-nous sur la cinquième phrase : « les indignés veulent un réveil citoyen » et pensons nos futures actions dans ce sens.
Nous aurons bien plus de résultats que si nous nous mettons en tête de persuader les partis et syndicats de rejoindre notre mouvement en laissant de côté leurs idéologies et leurs réflexes quasi automatiques de prosélytisme et de recrutement.
Un militant d’un parti situé à gauche, au demeurant très sympathique et pour qui j’ai de l’amitié, m’a dit aujourd’hui que nous étions sectaires de refuser tout signe extérieur de reconnaissance d’un parti ou d’un syndicat…
!!!!
C’est être sectaire que de refuser tout sectarisme ???
Le dialogue est impossible sur la base de malentendus aussi évidents. Il est vain et stérile de perdre temps et son énergie à les convaincre.
Concentrons nos efforts sur nos concitoyens.
Tous les citoyens « lambda » qui viennent vers nous lors du référendum populaire, par exemple, sont, pour la plupart, avides de s’exprimer, de comprendre, de savoir comment réagir.
Concentrons nos efforts sur eux. Ils se sentent seuls ET ils sont seuls ,comme nous.
Contribuons à éveiller les endormis.
Contribuons à donner courage aux résignés.
Ils ont peur ? Qu’ils sachent que nous aussi.
Mais… sans peur, nul besoin de courage, n’est-ce-pas ?
Dans l’action, on oublie les jambes qui tremblent, le cœur qui bat la chamade, la bouche sèche, les muscles crispés, les dents serrés à faire mal… on oublie la peur.
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Les propos de cet article n’engagent que moi.
Je ne suis pas porte-parole des indignés (d’ailleurs, il n’y en a pas)
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