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Archives pour la catégorie ‘Economie’

Vote ou pavote ?

Bonsoir à tou-te-s, les lorrains objecteurs de croissance et les autres moins lorrains.

Vinz étant très occupé dans la vie réelle, je me permets de relayer ici des extraits de l’un de ses messages, et de relancer ici le débat politique que ce message a engendré. Façon de respecter les boites à lettres électroniques de nos amis lorrains décroissants paisibles.

…. «  j’étais hier soir au Café Repaire des Amis de Là-bas si j’y suis de Nancy. Le thème était “qui à gauche pour les élections européennes”. Etaient présents NPA, Europe-Ecologie, Front de Gauche , représenté par des membres de la Gauche alternative 54, et moi, qui n’étais pas prévu au programme mais qui ai défendu nos idées sur la décroissance - d’ailleurs partagées par un certain nombre de présents, notamment sur les trois autres listes !

Il est ressorti au final que nous sommes tous d’accord sur le fond, au moins dans les grandes lignes : relocaliser l’économie, diminuer la consommation, anti-capitalistes, anti-productivistes , régies publiques des services publics (eau, élect….), gratuité des besoins vitaux (eau, élect. jusqu’à un certain seuil, logement, transports en commun…), revenu minimum d’existence (avec ce nom ou un autre), revenu maxi autorisé…

Finalement, nous divergeons sur du détail, en tout cas pour les militants du bas de l’échelle . » …..

Devant cette évidence a émergé une idée venant de Muriel, inscrite sur la liste du NPA, de faire une action commune pour rappeler les enjeux des européennes et appeler au vote. J’ajoute que personne ne s’est manifesté dans l’assemblée en tant que tenant de l’abstention ou du vote blanc, ou alors pendant que j’étais aux toilettes …. :-)

Sur quoi Vinz lance l’idée d’une action, mais sur ce blogue, ce sera juste un sujet de débat :

« Ne donnez pas raison aux sondages – A gauche de la gauche et écolos Le 7 juin - Élections européennes VOTEZ ! »

… ou quelque chose du genre. Qu’en pensez-vous ? A vous lire ou vous revoir bientôt ! Vinz !

Voilà en substance le message de Vinz.

De mon côté, j’en profite pour remercier et féliciter le patron, les organisat-eurs-rices du café-repaire de Nancy et les personnes inscrites sur les listes qui nous ont fait de la vraie politique sans boite de comm derrière.

Le débat a déjà commencé sur une liste de discussion, mais pratiquement, il gêne et encombre les bal , mais ne serait-il pas très utile de le reprendre ici, en attendant le forum, qui est en cours .

Apparté pour Vinz : pour le café de Metz, tu as le blogue et la liste du café pour communiquer … S’il-te-plait ! :-)

Le quizz des jardiniers

Décroissance, décroissance …. Oui mais de quoi ? Il semblerait qu’il n’y ait pas de décroissance d’infos pour les clampins et autres lorrains décroissants …. La quantité de questions abordée en quelques heures, lorsque se réunissent quelques oufs sous la pluie dans un verger abandonné, pourrait même effrayer le clampin de base … Mais le clampin de base est courageux et têtu, c’est bien connu !
Courage ! Fouillons !

Le blaireau propose “le QUIZZ des jardiniers “

  1. L’oreille-de-lièvre est-elle comestible ? Quel est son nom scientifique ?
  2. Qu’est-ce que le Bois Raméal Fragmenté ?
  3. Quel est le meilleur instrument pour faire du copeau de bois ?
  4. Comment faire récupérer toute sa saveur à du beurre rance ?
  5. Dans quel pays le mot « gratuit » n’existe-t-il pas ?
  6. Dans quel pays ne dit-on pas « j’ai une femme et deux enfants » mais « une femme et deux enfants sont avec moi » ?
  7. Qu’est-ce que le ph du sang ? Pourquoi du sang acide et du sang basique ?
  8. L’Amérique latine va-t-elle réussir à sortir du FMI ?
  9. A la cime d’un sapin, quelle est la pression (en bars) de la sève de l’arbre qui monte par capillarité ?
  10. Quelles sont les différentes techniques de broyage du bois ?
  11. Pourquoi ne faut-il jamais emmener Idéfix au verger ?
  12. Quels alliages de métaux contribuent à la meilleure performance d’une scie à main ?
  13. Qu’est-ce-que que le recuit et la trempe ?
  14. Pourquoi la pluie est-elle quelquefois acide ?
  15. Qu’est-ce que le NO2 ? Et le N2O ?
  16. Quelle est l’utilité du N2O ? :-)
  17. Qu’est-ce que Skype et qu’est-ce qu’il vient faire au verger ?
  18. Faut-il dormir ou non avec son chat ? Qu’est-ce qu’un noeud tellurique ? (attention, sujet à aborder avec précautions …)
  19. Que dit le lichen à qui sait l’entendre ? (par contre, la réponse à cette question est d’ordre scientifique )
  20. Quelle quantité de buissons d’églantiers est-elle nécessaire pour fabriquer une verrine de confit de cynorrhodon ?
  21. Quelle est la principale vertu de l’aubépine ? Pourquoi son utilisation est-elle généralisée en Allemagne et quasi-inconnue en France ?
  22. Quel est le nom de cette espèce de gelée bizarre et transparente que l’on trouve sur les arbres et qui est paraît-il à cheval entre le végétal et l’animal ? Note : la réponse n’est pas connue des jardiniers -
  23. Pourquoi du plomb dans l’essence ? Est-ce pour plomber l’ambiance ?
  24. Où en est la commission Stiglitz  ?
  25. Qu’est-ce qu’un femto ?
  26. Quel bruit fait est la pluie ?
  27. Qu’est-ce qui se multiplie quand on la partage ?
  28. Qu’est-ce qui se noue quand on se dénoue ?
  29. Quel lien pour fixer une bâche ? :-)
  30. Question subsidiaire : qu’est-ce qui pourrait peut-être revivre si Turandot le serrait dans ses bras ? Arf !

Quelques réponses plus tard, dans un autre billet. Mais vous pouvez déjà essayer de répondre allumer la télé, prendre un analgésique générique ou non, effervescent ou pas, ouvrir un sachet de Chips, une bière … etc etc

Signé Idéfix Blaireau

Croissance et richesse

25/04/2009 10 commentaires
Quelle est la vraie valeur des choses ?

La croissance ! Tous le monde n’a plus que ce mot à la bouche : ‘croissance’. Ou ‘décroissance’ selon les cas… Tout le monde semble enclin à manipuler en toute hâte ce mot ou son contraire.

Pour ma part, en dehors de l’impression plus ou moins positive que je ressens en lisant ou entendant ce mot, j’ai toujours cette désagréable sensation de flou sémantique complet et de réflexe conditionné idéologique.

Je ne suis pas économiste, je suis développeur informatique. C’est certes un handicape pour ma crédibilité (surtout chez les utilisateurs des logiciels Microsoft…), mais si vous y réfléchissez, ça a quand même quelques avantages.

Premièrement il y a peu de chances que j’essaie de vous noyer avec un charabia pseudo incantatoire destiné à vous prouver que vous n’êtes que des crétins incapables de comprendre quoi que ce soit en économie (même si c’est peut-être le cas).

Deuxièmement mon discours n’aura sans doute aucun mal à s’élever un peu au-dessus de la logorrhée vaine et stérile d’un étudiant d’école de commerce moyen, pour parler de choses un peu plus significatives.

Enfin, malgré toutes mes lacunes en économie, il me sera vraisemblablement difficile de dire autant de conneries que les vrais économistes dont l’activité se résume souvent à expliquer le lendemain pourquoi ils se sont trompés la veille.

La Crôassance mes frères !

Qu’entend t-on par ‘croissance’ ? Dans le sens le plus large du mot il s’agit d’augmentation de la vitesse de production de richesse, l’accélération de cette production. La croissance c’est produire (ou disposer de) en temps constant toujours plus de ‘richesse’. C’est à dire, en gros, à peu près tout ce qu’un humain peut désirer, ressource, objet ou service, soit qu’il en ait un besoin plus ou moins vitale, soit qu’il veuille absolument se le procurer pour des raisons que la raison ignore.

D’entrée cela pose deux gros problèmes. D’une part l’idée de richesse varie d’une personne à l’autre. Ce qui est richesse de grande valeur pour les uns, ne l’est pas pour les autres. Un écophile(1) aura sans doute plus tendance à voir une richesse dans un arbre vivant planté bien droit vers le ciel, que dans le même arbre réduit à un tronc couché sur le bas coté d’une route. Un bucheron en revanche…

D’autre part cela pose le problème de mesure de la quantité de richesse. Qu’est-ce que la quantité de richesse ? Il parait difficile de mesurer cette quantité de richesse produite lorsqu’elle se trouve sous des formes très différentes d’objets et de services plus ou moins palpables. Qu’elle est la richesse produite par l’instituteur qui instruit tes enfants ? Quel valeur accorder à la santé qu’a contribué à te rendre ton médecin ? Du pain que l’on mange ou d’une voiture lequel a le plus de valeur ? etc

Pour répondre à ces deux questions difficiles la seule et unique méthode connue des autistes économistes est d’utiliser la valeur des biens sur le marché représenté par le prix auquel ils sont vendus, lorsqu’ils le sont. Selon cette méthode de mesure, la richesse produite ne consiste donc qu’en biens ou services vendus, et donc, incidemment, vendables. C’est, pour le moins, me semble t-il, une méthode d’une grande perversité pratique et psychologique.

Le prix : un indice de valeur pour les malvoyant, malentendants, privés de l’odorat.

(et accessoirement malcomprenants, qui ne sont malheureusement pas privés de la parole)
Il y a des ressources sur cette terre dont même l’homme le plus riche dépend entièrement. Que même le plus initié des gros voleurs actionnaires, celui qui a un plus gros portefeuille d’actions que toi, à 15% par ans, ne peut avoir en plus grandes quantités et ne pourrait se payer.

L’air que tu respires en ce moment en est un exemple. C’est sans doute l’un de tes biens les plus précieux et pourtant qu’elle est sa valeur ? D’après l’indice favoris de ce monde d’autistes, aucune. L’air que tu respires peut donc être dégradé, cela n’a “économiquement” aucune importance. Cela n’en aura que lorsque que l’air respirable manquera…

La quantité de rayonnement solaire que reçoit chaque jour le sol de la planète terre et qui permet de nourrir l’humanité et tous les autres animaux, du plus petit au plus gros, du plus simple au plus complexe, n’a aucune valeur. Et depuis des années elle diminue, interceptée à haute altitude par une couche de plus en plus épaisse de poussières issue de l’activité humaine (certaines provenant de la fabrication de ta merde d’iPod, mais bonne nouvelle cela contrecarre sans doute en partie l’augmentation de l’effet de serre ! Youpi !)

Des biens aussi subtiles et impalpables que la beauté d’un paysage naturel, sans doute essentiel pour la santé mentale, n’ont aucune valeur mesurable par cet indice. Pourtant il est facile de montrer qu’elle rentre en compte dans le prix de bien d’autres biens. Comme une maison par exemple.

Seul le prix compte, mais il ne permet pas de compter l’essentiel. La personne humaine elle même n’a qu’une valeur proportionnelle à la suite binaire du registre électronique de son compte en banque.

Un monde dans lequel la qualités des biens vitaux augmente est-il croissant ou décroissant ? Si je m’abuse pour un homme sérieux qui a fait de hautes études économiques, cela ne compte pas. “Allons soyons sérieux ! Les manuels d’économie sont parfaitement clairs sur ce point.”

Croissance et inversion des valeurs

L’eau que tu bois en revanche est une richesse qui a un prix, mais curieusement sa valeur augmente lorsqu’elle est polluée… Plus l’eau est polluée, plus il faudra d’installation de traitement et plus on te la vendra cher (avec un peu plus de bénéfice). Plus fort, une eau de plus en plus polluée pourrait favoriser la croissance, en mettant en jeu un plus grand nombre d’entreprises pour produire les matériaux et construire les installations… Alors qu’une source d’eau non polluée (je sais, parfois mes hypothèses paraissent folles) qui passe près de chez vous, c’est nul, soyez-en conscient bande de sales gauchistes. Un litre de cyanure coute bien plus chère qu’un litre d’eau, pour la croissance il serait bon de produire et de vendre de plus en plus de cyanure. Hum ! Y’a bon. Ne rie pas, avec une bonne campagne de pub…

Le prix ne réagit en fait qu’à une seule chose : l’offre et la demande, ce qui est abondant même vital n’a aucune valeur, ce qui est rare même inutile voir nocif vaut de l’or (c’est à dire un certain poids du métal le plus inutile de la planète, car l’or, ça ne sert strictement à rien au contraire du cuivre, du fer, de l’aluminium… Oui mais ça brille !)

Croissance, qualité, utilité et Scoubidou-bidou-wa !

le coté ludique de l'hydrocarbure

Finalement qu’est-ce que la croissance mesurée avec les concepts absurdes des singes supérieurs ? Rien d’autre qu’une augmentation de la plus-value, du profit réalisé par un certain nombres d’entreprises. Et comment le profit augmente-t-il ? Dans la plupart des cas parce que l’entreprise a vendu plus, ou plus cher. Peu importe ce qu’elle vend, le seul but est que cela rapporte plus. Soit qu’une plus grande quantité de biens à prix constant soient vendus, soit une quantité constante de biens dont le prix augmente. Ou un peu des deux. Et au final, de façon directe ou indirecte via la chaine des fournisseurs et sous-traitants, toute activité économique n’a qu’un seul but, produire des biens ou des services pour un certain nombre de “consommateurs”.

L’augmentation de la qualité des biens, de leur fiabilité, de leur résistance à l’usure, la possibilité de les réparer, la diminution de leur consommation énergétique peut justifier une augmentation des prix et des bénéfices auprès de consommateurs avisés. Ce qui me parait une bonne chose et serait sans doute perçu ainsi par l’indice “croissance” actuel.

Un meilleur respect de l’environnement dans le processus de fabrication, l’utilisation de matériaux recyclés, l’utilisation de moyens de transport plus “propres”, peut justifier une augmentation des prix et des bénéfices aux yeux de consommateurs avisés. Une idée qui encore une fois réjouit l’écophile que je suis et en même temps pourrait faire hurler de joie un Jean-Marc Sylvestre devant sa courbe de croissance (la seul utilisation de ce nom ajoute un effet comique à un article).

Chez un consommateur avisé, sans doute. Mais le consommateur (que nous somme toi et moi cher lecteur) est un abruti à demi-conscient qui subit à longueur de journée un matraquage publicitaire intense qui l’assomme et ne possède, ni ne désire, aucune information sur ce qu’il achète. Il n’était déjà pas bien malin, il en devient con à brouter de l’herbe. Il veut absolument acheter la même merde que son voisin parce que c’est “coooool !”, peu importe sont utilité, sa qualité, sa solidité, qui l’a fabriqué, où et dans quelles conditions.

Conditionné par la pub, porté par un phénomène de mode débilissime dont seul les êtres supérieurs (baisse les yeux, tu en vois un nombril) ont le secret, la pire des merdes de l’univers peut devenir LE bien incontournable grand générateur de croissance ! Et c’est surtout cela qui rend la croissance si nocive. Fondamentalement ce n’est pas la croissance le problème, c’est l’humain…

Aller ! Tous à vos scoubidous !

Croissance et emploi

Dans ce mouvement visant à vendre de plus en plus de merdes inutiles et éphémères à un troupeau abruti de publicité, le troupeau en question et son pouvoir d’achat prend une grande importance qui curieusement est totalement négligée. Le converti aux idées dominantes s’extasie généralement devant la croissance chinoise sans comprendre une seule seconde que celle-ci n’est possible que grâce à l’existence du consommateur américain et européen relativement riche. L’ouvrier chinois ne pouvant pas se payer en quantité suffisante les merdes qu’il produit.

La croissance est conditionné par l’existence d’un nombre toujours plus important de consommateurs dociles disposant des moyens correspondants. Ce qui avec une population en pleine explosion démographique (bien plus évoluée que des bactéries à n’en pas douter ?) devrait lui donner une certaine pérennité.

Mécaniquement donc, augmenté le nombre de consommateurs ou leur pouvoir d’achat est bon pour la sacro-sainte croissance. Incidemment, embaucher quelqu’un qui va ainsi disposer d’un pouvoir d’achat accrut tout en, dans le même temps, produisant lui même de la “richesse”, aura tendance a produire un accélération dans la production et consommation de richesse, d’où croissance.

Tiens ! Et donner le droit de travail aux immigrés ? C’est bon pour la croissance. Mieux : donner un salaire à ceux qui ne font rien, augmenter le salaire minimum, c’est bon pour la croissance. Surtout si on prend l’argent nécessaire chez les gros parasites qui se servent essentiellement de leur richesse pour augmenter leur richesse et ne font donc en rien tourner l’économie… Avoue que ça fait mal lorsque tu es un thuriféraire de la croissance et donc sans doute un membre actif de l’UMP ? (ou du Parti dit “Socialiste” ?)

Mais dans une inversion logique dont seuls les économistes ont le secret, on nous affirme à longueur de journée que croissance égale emploi (tu remarqueras la pauvreté sémantique de l’assertion), alors qu’en réalité c’est l’emploi rémunéré et bien rémunéré qui a toutes les chances de générer de la croissance. La cause : l’emploi, la conséquence : la croissance et non l’inverse.

Nos entrepreneurs attendent que des “consommateurs” aient l’obligeance de bien vouloir acheter leur daube avant de songer à embaucher. Tout en tirant sur le salaire de leur personnel, pour baisser leur prix et éventuellement engraisser quelques actionnaires ou satisfaire leur gros clients qui eux engraissent des actionnaires. C’est magique se disent-ils sans doute, a aucun instant ils ne semblent penser que ce fameux consommateur c’est justement cet employé qui ne risque surtout pas d’acheter leur merde vu qu’il n’a bientôt plus de quoi se nourrir et se loger. (Il ne leur reste donc plus qu’à se reconvertir dans le grand luxe pour toucher la clientèle que sont leurs gros actionnaires… Cela semble pouvoir fonctionner : le pauvre produit, le riche consomme)

Ceux qui veulent la décroissance devraient donc se réjouir de l’idéologie libérale qui permet à un nombre de plus en plus grand de parasites de détourner et d’accumuler l’argent dans le seul but non de consommer, ou si peu, mais d’avoir le pouvoir de détourner et d’accumuler plus d’argent. Et privant dans le même temps une grande partie de l’humanité de la possibilité de se procurer des biens, même les plus essentiels. Ces parasites là sont finalement de grands écologistes misanthropes qui s’ignorent et favorisent la décroissance.

conclusion

Je dirais bien que parler de croissance ou de décroissance est extrêmement réducteur, absurde, ridicule… Que c’est un pur débat de sophistes dans la grande tradition grec. Mais se serait sans doute mal perçu ? Trop tard !

La croissance telle que nous la mesurons actuellement à certainement quelques tares irrécupérable (j’aime les euphémismes), mais une croissance évaluée grâce à une méthode plus juste pour mesurer la richesse, pourquoi pas.

Un air plus respirable, des zones préservées, des espèces animales nombreuses et variées, protégées. Plus de poissons dans les rivières, les lacs et les océans. Plus de surfaces boisées. Moins de produits mais de meilleurs qualité, plus durables, réparables, recyclables, produit de façon plus respectueuse de l’environnement, avec des matières recyclées. Des consommateurs plus riches grâce à une meilleure redistribution, et mieux informés, mais moins nombreux grâce à une maitrise de la population humaine par la population humaine (je ne vais pas me faire que des amis). Tout ça produit une croissance de la richesse que nous ne somme tout simplement pas capable de mesurer actuellement. Et décroissance ? Pourquoi pas si cela implique les mêmes évolutions…

(1) personne qui voue de façon totalement irrationnelle un amour immodéré à toute chose semblant appartenir à un ordre naturel antérieur à l’intervention humaine.

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Le nouveau XIVème siècle ?

22/04/2009 9 commentaires

Petite réflexion suite au billet de Superno du 21 avril …

L’éventualité d’une crise majeure - et la nécessité de décroitre pour l’éviter - ne sont tout simplement pas envisageables par les ultralibéraux (et par ceux qu’ils ont endoctrinés) car cela n’appartient pas à leur système de pensée : “L’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierres”. Par cette formule lapidaire (!) s’exprime leur ignorance crasse confiance absolue dans le génie humain et dans le progrès qui en découle, permettant de toujours dégager en temps voulu les ressources nécessaires. L’Histoire est à sens unique, et c’est celui de l’amélioration continue de la condition humaine.

Il est étonnant de constater que le principal accident de notre Histoire, la crise du XIVème siècle, est totalement oublié. Trop lointain ? Trop exotique ? Trop différent ? Et pourtant.

Ce monde vit dans une relative opulence après trois siècles d’amélioration continue, tout comme nous. Le statut et les conditions de vie des serfs se sont peu à peu améliorés, à la manière du prolétariat au XXème siècle. La croyance en un Dieu tout puissant vaut bien la croyance en l’omniscience du Marché ; d’ailleurs les gouvernants ne s’y trompent pas et se posent eux aussi en représentants sur Terre de cette entité sacrée. Les terres du Royaume de France sont enfin défrichées, tout ce qui peut produire produit, on peut enfin voyager et commercer sans danger. Le fer a été porté en terre infidèle, le communisme l’Islam recule en Méditerranée. La concurrence est toujours rude entre Exxon et Total le Royaume de France et celui d’Angleterre, notamment à propos de la filiale commune du Duché de Guyenne mais enfin, c’est la loi du libéralisme de la féodalité, rien que de très normal : cela est désormais affaire de seigneurs civilisés et Philippe V peut prendre la couronne sans trop de soucis après quelques négociations en conseil d’administration. Nombre d’actionnaires de seigneurs ne gèrent plus leurs domaines que de loin, ils ont des gens pour s’en occuper, il est plus valorisant et plus enrichissant de faire du lobbying à l’Assemblée Nationale d’apparaitre à la cour.

Mais alors que personne ne s’y attend, le manque de pétrole de terres cultivables se fait soudain ressentir de façon cruelle. Le royaume n’offre plus de terres à défricher, or la prospérité passée l’a rempli comme un œuf : 6 milliards 20 millions de bouches à nourrir et à véhiculer quotidiennement. Le rendement énergétique de la terre plafonne : le cheval de labour a remplacé le boeuf, la rotation des cultures est au point, les moulins couvrent les rivières, mais tous ces progrès sont déjà anciens. Depuis quelque temps, par manque d’investissement dans la R&D amélioration dans les techniques agricoles, on n’arrive plus à produire davantage avec la même surface de terre, or les nouveaux venus veulent également - on les comprend - leur écran plasma pain quotidien. Devant la chute de leurs revenus, les entrepreneurs propriétaires terriens les plus fragiles vendent leurs domaines aux plus puissants, alimentant un large mouvement de fusions-acquisitions regroupement des fiefs. Mais la chute des ressources affecte bientôt le roi lui-même, et c’est le royaume dans son ensemble qui se trouve dans l’incapacité de faire face à ses dépenses. En bas de l’échelle, les ouvriers de base paysans ne parviennent plus, malgré leur travail, à nourrir leur famille dès que les récoltes se font mauvaises, ce qui se produit de plus en plus fréquemment en raison du changement climatique. Les famines se multiplient, l’agitation sociale gagne.

Ce qui se passe alors n’est que la suite logique de ces déséquilibres : Afin de mettre la main sur le pétrole restant piller de nouvelles terres et de justifier la hausse des impôts, la noblesse pousse à la reprise des guerres. Le cours des matières premières fluctue de façon désordonnée, les monnaies sont dévaluées. Les routes des marchands vers les foires de Champagne ne sont plus sûres, de nouvelles voies commerciales sont utilisées par les puissances montantes. La population affaiblie s’effondre littéralement lorsqu’arrive la peste noire en 1347. La Guerre de Cent Ans démontre que le Royaume de France, prétendûment la plus puissante armée du monde, n’était qu’un géant aux pieds d’argile.

Au final, la compétition pour les ressources, la fragilisation de la population qui en a découlé et ses diverses conséquences font diminuer la population européenne de 50% en quelques décennies.

Il faudra attendre le début des grandes explorations, la colonisation, l’esclavage, puis l’emploi massif des combustibles fossiles pour que soient dégagées les ressources nécessaires au retour à la prospérité. Il faudra un siècle pour que cicatrise la plaie, plusieurs pour que s’amorce un vrai redémarrage. Le monde médiéval est mort, le nôtre va naître.

Il faut être un fou ou un économiste, et avoir la mémoire courte, pour croire que ce monde-ci est immortel. Surtout quand les anciens déséquilibres nous sautent à nouveau à la figure.

Sylvaner a raison, il ne faut pas croire qu’on fait mieux que les bactéries : nous avons moins d’expérience qu’elles, et apparemment pas plus de mémoire. Tout cela n’est guère réjouissant.

Bienvenue en 2009 1309.

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Sur le pont du Titanic

Bon, d’accord, quelques ouvriers sont licenciés …

D’accord, d’accord, quelques manifestants sont malmenés … quelques lois scélérates votées , le peuple enfumé ….

Mais ne nous laissons pas abattre, tel le chêne moyen sous les coups de la tronçonneuse Terminator DELUXE … Amis ! Ne BESSON pas les bras branches !

Le printemps est là ! Les forsythia taillés au cordeau tendent leurs moignons ! Abeilles et bourdons se fraient joyeusement des chemins parmi les ondes. Et les collections de printemps sont arrivées !

Assez de tristesse ! Voyez ce beau bateau qui nous offre son pont pour danser ….

Allez Musique !

Source : l’homme parle


Création d’un groupe lorrain d’objecteurs de croissance de réflexion pour une économie locale et solidaire

02/03/2009 5 commentaires

Aux Lorraines et aux Lorrains,

Aux Citoyennes et Citoyens de partout,

Partant du constat qu’on retrouve souvent les mêmes personnes dans de nombreux événements politiquement engagées pour des questions de société, d’écologie, de culture, de droits de l’Homme, de solidarité…, j’éprouve de plus en plus le besoin de voir se fédérer ces forces vives en puissance. Combien de combats légitimes et utiles passent inaperçus par manque d’organisation, de rassemblement ? C’était déjà le constat du Conseil National de la Résistance qui appelait à des manifestations unitaires partout en France le 10 novembre dernier, plutôt que plein de petites un peu tous les jours, inaudibles et qui permirent en d’autres temps à Son Altitude Sarkozy Ier de se féliciter devant son staff de l’UMP ou du MEDEF que les médias à la botte ne donnent plus écho aux revendications de la rue. Le 29 janvier a confirmé que nous en sommes capables. Gageons que le 19 mars enfoncera le clou.

La crise actuelle est multiple : écologique (effondrement de la biodiversité, bétonisation généralisée, déforestation, désertification…), climatique, financière, économique, sociale et sociétale, énergétique, des matières premières… mais elle ne fait que commencer. Regardons ce qui vient de se passer en Grèce, ce qui se passe présentement en Guadeloupe et en Martinique. A quand en France métropolitaine ? Entendons-nous bien : j’appelle de mes voeux une mobilisation du plus grand nombre construcive, donc politique, progressive, humaine, pas destructive et violente ! Je crains de toutes mes forces que la “France d’en bas” n’en vienne bientôt aux armes, faute d’autres moyens de se faire entendre. J’abhorre la violence. C’est pour ça que je veux réfléchir aujourd’hui à comment nous sortirons de cette crise, intrinsèque au système capitaliste et ultra-libéral, le plus rapidement et en douceur possible.

Comprenez-moi bien une fois encore : “Sortir de la crise” ne doit pas être entendu dans mon propos comme dans les envolées lyriques du Grand Sapeur de la République. Nous ne sortirons pas de la crise une fois que nous aurons soigné le capitalisme. Nous sortirons de la crise en inventant une nouvelle civilisation, celle-ci a vécu.

La crise est idéologique aussi : malgré leur croyance dans le tout puissant marché, malgré le sacrifice quotidien de millions de nos semblables - de nos Mitmenschen comme disent joliment les Allemands, de “ceux qui, avec nous, constituent l’Humanité” - et des milieux naturels mondiaux - dont les terres arables, notre assurance vie - sur l’autel de la Sainte Croissance, du Sacré Productivisme, du Grand Consumérisme-qui-nous-sauvera-tous-de-la-catastrophe… malgré tant de croyance(s), donc, tout s’effrite, s’étiole, se fracasse contre les limites physiques de la planète : l’espace et les ressources sont limités, et on ne passera pas outre ! Les lois de la physique sont immuables, le capitalisme a fait long feu, circulez y a rien à voir. Sauvons ce qui peut l’être et repensons le système socio-économique, en mettant l’Humain au coeur du projet.

Je vous propose donc de créer un groupe - formel ou informel nous en débattrons en temps voulu - de discussion, de réflexion, de débat, de confrontation, de démocratie locale en somme… d’abord sous forme de liste de discussion informatique, puis, le plus tôt possible, en nous rencontrant dans une ambiance conviviale. Unissons nos cellules grises pour faire bouger les choses ! Relocaliser l’économie, chercher de vrais substituts aux illusions que nous fait miroiter la “croissance” du PIB dont on nous rebat les oreilles… sont les priorités à mes yeux.

J’appelle à la création d’un groupe lorrain actif et non-virtuel d’Objecteurs de croissance, groupe de réflexion pour une économie locale et solidaire.
J’encourage évidemment les “non-lorrains” a faire la même chose dans leurs régions respectives - Les exemples ne manquent pas ! -, nous nous retrouverons au sein d’une future fédération nationale ! L’avenir nous appartient.

Je tiens pour finir à attirer votre attention sur les initiatives de la Gauche alternative et unitaire (GAU) messine et de La Fédération (dont la GAU est membre), qui vont dans le sens de mon appel.

Par ailleurs, j’ai rencontré hier soir (lors de la projection du film Herbe que je vous recommande vivement !) des étudiants de l’université de Metz qui désirent organiser une université populaire sur le campus du Saulcy pour bouger un peu ces masses estudiantines molles à la conscience politique proche de celle de l’huître un soir de Saint-Sylvestre. (Ca c’est moi qui l’ajoute ; j’assume, persiste et signe. Les gens de ma génération m’effrayent par bien des aspects. Merci aux exceptions de ne pas m’insulter, je sais que vous êtes là et vous en sais gré. Ne lâchons rien !).

Voyez encore ce que propose la motion des Verts, de gauche et écolo pour le coup, Zone d’écologie populaire.

Je souhaite, main dans la main avec ces gens éveillés, que nous organisions des Fora sociaux locaux en mettant un point d’honneur sur le volet populaire de l’événement. J’entends par là tout autre chose que le populisme propre à Sarko & Cie. ; j’entends par là remporter le défi de gagner l’intérêt de nos contemporains qui d’ordinaire se détournent de la politique qui fait peur, dégoûte, répulse ou apparaît comme un autre monde, réservé à une élite. Redonnons ses lettres de noblesse à la politique. Mission : indispensable !

Il ignorait que c’était impossible, alors il l’a fait.
Mark Twain (peut-être ?)

Avec toute mon amitié

Vincent de Metz — contact : lorraine[POINT]objecteurs[POINT]de[POINT]croissance[AT]gmail[POINT]com (remplacez les [ANTISPAMS] !)

Adieu Facebook !

24/02/2009 15 commentaires

Voici le message que j’ai envoyé à tous mes amis virtuels sur Facebook, avant de fermer définitivement mon compte (qui, semble-t-il, n’a miraculeusement pas disparu, aux dires de ceux qui y sont restés…). Je n’ai pas pu résister au plaisir de vous en faire part, même si l’exploit, j’en conviens, est somme toute assez relatif. J’aurais jamais dû suivre les mougeons dans cette direction.
Un seul point positif cependant à cette vacherie : une ancienne correspondante canadienne m’a retrouvé par ce biais. Toujours ça de pris !

Voilà, ma décision est prise : je me désiste définitivement de cette saloperie de Facebook. Les amitiés virtuelles (ou au mieux simplement virtualisées) ne m’intéressent pas. La société moderne va mal - très mal ! - et ce n’est pas en nous cachant derrière un écran (de fumée ?) que les choses avanceront. Bougeons-nous les fesses et bougeons le monde - bougeons-nous les fesses POUR bouger le monde ! On appelle ça de la politique : faire vivre la cité. Dans le réel. Je sors de ce pseudo-monde virtuel, qui ne m’apporte rien, me coupe du monde extérieur, le vrai, et me fait perdre mon temps. En outre, j’ai déjà reçu plusieurs mises en garde vis-à-vis de facebook. La dernière en date vient du journal Le Monde d’hier (17/02/09), dont voici un court extrait : « “Vous accordez à Facebook le droit irrévocable, perpétuel, non-exclusif, transférable et mondial (avec l’autorisation d’accorder une sous-licence) d’utiliser, copier, publier, diffuser, stocker, exécuter, transmettre, scanner, modifier, éditer, traduire, adapter, redistribuer n’importe quel contenu déposé sur le site.” Cette phrase des conditions d’utilisation de Facebook semble signifier que le site s’arroge tous les droits sur les contenus déposés par les utilisateurs. (…) Fermer définitivement un compte n’empêche plus Facebook de conserver et d’utiliser ce que vous y avez laissé. » J’en ai marre de ce fichage généralisé et de notre utilisation commerciale. J’en ai marre de cette société qui ne nous considère que comme des consommateurs. Je veux être un être humain, en relation avec des êtres humains, un citoyen, un membre d’une société centrée sur l’humain et pas sur la marchandise et le profit de quelques uns au détriment du plus grand nombre. Facebook est un symptôme de cette société malade à qui je souhaite une mort rapide, où les relations humaines sont de plus en plus virtuelles. A bas la société de l’homme au service de l’économie ! vive une société par l’Homme et pour l’Homme !

Ah ! ça va mieux en le criant !

Concurrence et collaboration

08/02/2009 12 commentaires

Le but de cet article est de tenter de tordre le cou à la “concurrence libre et non faussée” (article I-3 du défunt Traité Établissant une Constitution pour l’Europe) comme panacée, étant donné l’acceptation relativement générale (même chez des gens qui se disent de la “vraie” gauche) que la concurrence, c’est bon pour le poil du con-sommateur.

Pour prendre un exemple parmi d’autres (et typique de l’argument que la concurrence, c’est le bien®), sur le marché des fournisseurs d’accès à Internet, il est communément admis que l’arrivée de nouveaux entrants (et tout particulièrement Free, pour ne pas les citer) a fait baisser les prix pour le client final.

On pourrait commencer par s’interroger sur ce que cache cette baisse de prix, en termes de qualité de service (et de hotline, par exemple). En effet, à une époque que les moins de trente (voire même quarante) ans ne peuvent pas connaître, il paraît que le service assuré par France Télécom était de qualité, et à prix pas forcément prohibitif.

De plus, les nouveaux entrants sur ce marché ont beau jeu de faire baisser les prix, tant donné qu’ils n’ont pas à supporter le coût énorme des infrastructures nécessaires au fonctionnement de ce service, puisque les millions de lignes nécessaires au  raccordement de (presque) tous les foyers au réseau téléphonique ont été financés
par nos impôts (pas les miens, j’étais trop jeune pour en payer à l’époque), mais je crois que tout le monde a saisi l’idée…

Enfin, la situation sur le marché des fournisseurs d’accès à Internet n’est pas une situation de concurrence, comme on a l’habitude de le dire, mais plutôt un oligopole (cf. Tableau de Stackelberg).

Pour résumer, la concurrence n’est pas “parfaite” dans quasiment tous les domaines, étant donné que l’on se retrouve avec très peu de vendeurs (typiquement, de l’ordre de la dizaine) pour plusieurs millions d’acheteurs[1].

Dans un système coopératif, les opérateurs d’un secteur seraient regroupés au sein d’une même entité ; idéalement, cette entité serait contrôlée de façon transparente et démocratique par les usagers du secteur en question (les salariés auraient bien évidemment leur mot à dire)… Ce qui s’en approche le plus aujourd’hui en France, c’est les sociétés publiques, contrôlées par l’état (je rappelle que l’état, c’est nous).

À mon sens, le système coopératif a plusieurs avantages :

  • le fait de n’avoir qu’un opérateur dans un secteur permettrait d’éviter certaines dépenses inutiles (genre publicité) ;
  • on n’a pas à utiliser du temps (que personnellement je considère comme perdu) à choisir un fournisseur pour un produit quasiment identique[2] ;
  • dans une situation que j’évoquais comme “idéale”, on pourrait contrôler cet opérateur (par exemple, décider que Powéo EDF ne produit plus d’électricité avec des centrales à gaz centrales à charbon).

Pour préparer cet article, j’ai cherché des publications scientifiques permettant d’appuyer ce que je disais… Un des papiers [3], basé sur des expériences, expliquait que le mode coopératif était plus efficace que le mode compétitif lorsque les moyens sont inter-dépendants (et quoi de plus inter-dépendant qu’un réseau - de câbles, de chemin de fer, de canalisations,…). En se basant sur ce papier, je me demande pourquoi nos (et pas que les nôtres) gouvernements successifs ont lancé, (lancent, (et lanceront)) des campagnes de libéralisation et d’ouverture à la concurrence des entreprises exploitant ces réseaux.

En conclusion, j’aurais tendance à dire que la concurrence est un leurre pour que les gens aient l’illusion d’être libres (quelle jolie liberté que de pouvoir choisir son fournisseur d’électricité) et perdent du temps à user de cette liberté plutôt que de se poser des questions sur l’état du monde…

[1] sans compter les ententes entre “concurrents” déjà constatées…

[2] pour prendre un exemple cher à notre taulier, quel avantage a-t-on à avoir le choix entre Powéo et EDF ?

[3] Beersma, Bianca, Hollenbeck, John R., Humphrey, Stephen E., Moon, Henry Kim, Conlon, Donald E. and Ilgen, Daniel R. ; Cooperation, Competition, and Team Performance: Towards a Contingency Approach. AoM Conflict Management Division 2002 Mtgs. No. 13167.

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Jouons un peu avec l’idée de croissance…

Dans ces grandes heures de la “crise économique”, alors que le spectre hideux de la récession s’avance, avec son cortège de chomeurs, de banquiers moroses - on ne se jette plus par les fenêtres, c’est très vingtième siècle ça mon bon -, que les bonus des grands argentiers sont compromis, que les dividendes menacent de fondre comme neige au soleil (mais non, mais non, on n’en est pas là…) on ne le dira jamais assez : il faut re-lan-cer.

Relancer quoi ?

Relancer la balle, que ces enfants qui jouent tel Charlot dans Le Dictateur ont malencontreusement fait passer par dessus le filet de protection ? “attention, chers petits ! la prochaine fois, si vous cassez un carreau je me fâche !”

jmm_rebondir
Relancer la carrière de Meissier, tellement touchant quand il incarne le “savoir rebondir” ? (l’image date d’il y a quelques temps, elle est prise avec un téléphone pourri, mais je l’aime bien …)

Non, bien sûr. Il s’agit de relancer la croissance. La fameuse croissance, dont la relance vaut bien un ministère, et des plans partout dans le monde. Cette croissance qu’on ne relancera pas “par la consommation” parce que c’est de l’eau dans le sable. La consommation française ne relance pas la croissance française (raison de plus pour ne pas consommer trop, hein, il manquerait plus qu’on relance la croissance des étrangers !) Par contre, quand les états-unis veulent relancer la croissance par l’investissement et qu’ils veulent le faire avec de l’acier américain, là, c’est mal. C’est même égoïste.

Bref, tant que cette croissance n’est pas repartie à la hausse, on est mal on est mal. Oh, on finira par le trouver, ce point de croissance. Apparemment, il suffirait d’une victoire en coupe du monde d’un sport populaire (le hand-ball sera-t-il suffisant ?) ou des dents de Sarkozy, avec lesquelles il avait prévu d’aller chercher se fameux point, pour la trouver.
Mais après ? que ce passe-t-il une fois que la croissance est repartie ? elle s’arrêtera de nouveau, on aura de nouveau très très peur, puis elle repartira ? pour toujours, c’est promis ?

Pour ma part, je ne suis pas matheux, ni physicien, géographe. Les histoires de croissance infinie dans un monde fini qui ne serait pas possible, de ressources limitées, ça me parle bien sûr, mais ça n’est pas assez percutant - pas assez en prise avec mes activités et mon domaine de compétence.

Moi, je suis biologiste.

Et parmi les choses que savent faire les biologistes, il y a la culture de cellules. Même qu’on parle de croissance d’une population cellulaire, parfaitement ! Comment vous expliquer ça simplement… disons qu’il y a deux types de cellules qu’on cultive et pour lesquelles on établit des courbes de croissance : les bactéries et les cellules animales.

Prenons d’abord une bactérie. C’est tout petit, une bactérie. Ça pèse à peu près 0,0000000000007 grammes. Seulement, cette bactérie est une spécialiste de la croissance. On la met dans un milieu nutritif, on chauffe un peu, et après un moment elle est capable de se diviser toutes les 20 minutes ! Oui, oui, elle double sa biomasse en 20 minutes. Donc au bout d’une heure, on a doublé trois fois soit 2*2*2 = 8 bactéries. Donc une masse de 0,0000000000056 g. Toujours pas grand chose… mais au bout de 24h ?
On a 2 à la puissance 72 bactéries. Soit 3305 tonnes. Quelle artiste de la croissance, cette bactérie ! Quelle productivité !

Heureusement, ça n’arrive jamais – sinon tous les labos du monde crouleraient littéralement sous les bactéries. Ça n’arrive jamais parce que les bactéries doivent consommer pour atteindre de tels taux de croissance : en fait, leur courbe de croissance ressemble plutôt à ça :

courbe de croissance bactérienne

On a donc un démarrage un peu lent, parce que les bactéries sont peu nombreuses et pas habituées au milieu, puis une phase dite exponentielle. C’est le doublement toutes les 20 minutes, le taux de croissance optimal que la bactérie aimerait sans doute maintenir… si elle avait le choix. En effet, au bout de quelques heures la croissance ralentit inexorablement : les bactéries sont trop nombreuses, elles sécrètent des sous-produits toxiques pour leurs congénères, et puis le milieu est épuisé : pas moyen de se nourrir. C’est la phase d’arrêt. S’ensuit alors un plateau plus ou moins long, puis la population chute : c’est le déclin, quand toutes ces cellules qui n’ont rien à manger finissent par mourir.

Les plus observateurs auront remarqué que la chute se ralentit à la fin du graphique. Effectivement, si on prolongeait l’expérience on pourrait même observer un petit rebond, avec une reprise de la croissance pendant quelques dizaines de minutes. Cette phase aussi porte un nom : c’est la phase de cadavérisme. Je vous laisse imaginer de quoi se nourrissent les bactéries qui prolifèrent alors !

Est-ce que j’ai vraiment besoin d’expliciter l’image, de dire à quoi me fait penser chaque phase de la « courbe de croissance » bactérienne ? Je ne crois pas…

L’autre modèle de croissance cellulaire, ce sont les cellules animales ou humaines. Dans ce cas, les cellules sont plus “sages” : elles ont un programme de vieillissement incorporé qui fait stopper la croissance au bout de quelques dizaines de divisions, mettons 60 au maximum. La croissance est alors soutenable, parce que limitée dans le temps. Les cellules peuvent pourtant survivre sans se multiplier : c’est le cas des neurones, qui ne sont sans doute pas les plus bêtes de nos cellules, et qui passent toute notre vie adulte à fonctionner sans jamais se multiplier.

Certaines cellules n’ont pas ce programme d’interruption de la croissance, et je suis sûr que vous savez déjà comment on les appelle : des cellules tumorales.

Voilà ce que la croissance peut représenter pour un biologiste. Est-ce qu’on peut généraliser ces concepts et ces courbes à la croissance économique ? sans doute pas tout-à-fait… mais ça peut quand même faire réfléchir, non ?

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