Pour commencer, je vais citer mes sources (ou ma bibliographie, plutôt), c’est principalement de ces deux supports (et aussi de mon expérience à moi que j’ai eu) que l’idée m’est venue d’écrire cet article :
Il va sans dire - mais ça va mieux en le disant - que je vous recommande chaudement d’aller regarder la vidéo enregistrée de Benjamin Bayart pendant sa présentation et de lire le bouquin de Laurent Chemla (pour les radins, vous êtes même pas obligés de l’acheter, il est disponible sur le lien que j’ai mis).
Définitions
Avant de rentrer dans le vif du sujet, et pour les néophytes, on va commencer par des définitions. Internet, c’est un réseau de réseaux ; c’est un réseau qui est issu de travaux financés par le ministère de la défense états-unien et développé par des universités américaines (Carneggie-Melon, Berkeley, Stanford, MIT,…). Le but principal était d’éviter que la perte d’un bout du réseau (typiquement, l’URSS détruit le Massachusetts, le réseau peut continuer à fonctionner même si le MIT n’est plus).
Les logiciels libres sont des logiciels (des programmes contenant, sous forme de script ou binaire, des instructions permettant de dire à un ordinateur de faire les trucs qu’on veut qu’il fasse) possédant plusieurs caractéristiques : on peut les utiliser comme bon nous semble et on peut regarder le code source (là, on a le dénominateur commun de toutes les licences logicielles libres). À partir de là, on peut en rajouter dans tous les sens : autorisation de modifier le programme (parfois, sous réserve d’en changer le nom - pour de sombres histoires de cohérence de systèmes), de diffuser les modifications (donner ou vendre), de faire tout ce qu’on veut, obligation d’utiliser la licence d’origine pour les modifications…
Quant aux gauchistes, je vais en prendre une définition assez large : en France, tout ce qui est à gauche du PS. Pour ceux qui ne voient pas, des gens qui sont (au strict minimum) pas très copains avec le capitalisme, et qui n’envoient pas des représentants à la présidence du FMI ou à la direction de l’OMC…
Des liens bilatéraux
Quels liens entre logiciel libre et Internet ? C’est une grande partie du propos de Benjamin Bayart - auquel je souscris quasiment entièrement - de dire qu’il n’y a pas d’Internet sans logiciel libre (tous les protocoles et la plupart de leurs implémentations à la base du réseau des réseaux sont libres), de même qu’il n’y aurait sans doute pas eu de logiciels libres sans Internet. Depuis le tout début de l’informatique, les barbus de l’époque avaient pris
l’habitude de s’échanger leurs disquettes (par courrier, à l’époque) de programmes pour que les uns bénéficient des améliorations des autres et vice-versa, mais les choses n’auraient certainement pas pris l’ampleur qu’elles ont aujourd’hui sans la possibilité de diffuser à aussi grande échelle pour un prix quasiment nul tous ces logiciels. Aujourd’hui, Internet permet à des internautes des quatre coins du monde de participer (contribuer du code, des rapports de bug, de la documentation, de l’aide sur un forum, de l’évangélisation,…) à un logiciel commencé dans le 5ème (coin du monde, pour ceux qui ne suivent pas).
De la même façon qu’Internet a permis le déploiement massif des logiciels libres, Internet a permis à toute une partie “gauchiste” du pays de tous les pays de s’organiser, de discuter,… Internet, et c’est là la principale thèse de Laurent Chemla, est un formidable outil de liberté d’expression et en particulier de démocratisation de cette liberté d’expression (tout particulièrement pour ceux qui n’ont pas accès aux moyens de communication mainstream). En effet, grâce à Internet, les “petits” partis disposent quasiment des mêmes moyens d’organisation et de réflexion (mailing-lists, forums, sites, blogs,…) que les “grands”[2].
Enfin, les relations entre logiciel libre et gauchistes… Ce point est clairement, selon moi, une honte pour les gauchistes ou une sacrée réussite de Microsoft® (voire les deux). Le fait de recevoir des documents au format Word® sur une quelconque liste de diffusion d’ATTAC, du ex-NPA (je connais pas le nouveau nom), du PCF,… est pour moi un mystère que je n’arrive pas à comprendre. On en arrive parfois à une servitude (informatique) volontaire[3] - réactions entendues : “mais pourquoi on changerait ?” et l’émancipation, camarade, ça te dit quelque-chose ? de plus, pourquoi moi (qui ne possède pas de logiciels me permettant de lire ce fameux format), je serais obligé de batailler pour lire ce document, alors qu’il existe des formats ouverts - Ainsi, on en arrive, même dans des milieux hostiles au grand méchant capital, à devoir se plier à un format propriétaire, et ceci alors que les valeurs portées par les logiciels libres (partage des connaissances, émancipation des utilisateurs,…) me paraissent tout à fait en adéquation avec le gauchisme.
(J’ouvre une parenthèse ici : beaucoup de gens dans le milieu du logiciel libre passent pas mal de temps à expliquer que le logiciel libre n’est ni de droite, ni de gauche. La plupart d’entre eux sont sincères, mais j’ai parfois l’impression que certains tiennent ce genre de propos pour éviter de faire peur aux pouvoirs en place, dont certains sont furieusement anti-communistes - en particulier aux États-Unis.)
De plus, un logiciel libre devient gratuit une fois qu’il a été payé (je suis sympa, hein ? ). Autrement dit, une fois que des gens ont donné de leur temps (ou de l’argent à d’autres qui peuvent alors y passer du temps), le système des licences libres permet de redistribuer le logiciel quasiment gratuitement (au prix du support : CD ou DVD, bande passante,…). Cette caractéristique permet de combler un fossé numérique entre riches et pauvres : il n’y a plus d’un côté ceux qui peuvent s’acheter le dernier tronçonneuse-base® et les autres, puisque postgresql ou mysql sont à la disposition de tout le monde ; cet argument est valable aussi bien pour des particuliers (bien que peu de particuliers aient besoin de tronçonneuse-base) que pour des coopératives (on va pas être grossiers et parler d’entreprises) et pour des états.
Quelle conclusion ?
Deux conclusions : la première, c’est pour adopter celle de Benjamin Bayart et diffuser l’idée que pour faire de l’Internet ce qu’il est encore, c’est-à-dire un réseau permettant une symétrie et une libre expression, il faut s’héberger nous-mêmes (merci Superno, je suis une grosse feignasse, je me flagellerai comme tous les soirs tout à l’heure).
Deuxième conclusion : il faut que ce que j’appelle les gauchistes reprennent à leur compte les logiciels libres, les utilisent, les diffusent, et décident de se passer une bonne fois pour toutes de certains trucs dont je tairai le nom par charité… Pour ceux qui ne peuvent pas se passer de ce genre de machins (parce que lorsque le seul ordinateur dont on dispose est au boulot, par exemple), il faut au minimum prendre conscience qu’il existe des formats ouverts, et que même les outils livrés avec Windows® peuvent en faire (ne serait-ce que du texte brut).
Petit épilogue : pour ceux qui connaissent un (voire plusieurs) de ces milieux, j’ai fait un certain nombre de raccourcis - parfois abusifs - et j’en suis conscient, mais cet article est déjà assez long, et se veut comme un premier pont entre ces milieux (et tout particulier le dernier “lien” que j’explore).
[1] je précise, afin d’être tout à fait honnête, que je connais (un peu) Benjamin Bayart.
[2] j’ai bien conscience que ce paragraphe est aussi applicable à des parties moins fréquentables de l’échiquier politique, mais c’est bien le propre de la liberté d’expression, et j’ai l’intuition que eux voudraient la limiter (cf. plusieurs exemples dans le bouquin de Laurent Chemla) ; et nous non (on est gentils ! ).
[3] ici, j’aurai dû avoir un lien à ajouter, mais plus moyen de remettre la souris dessus… (si mes souvenirs sont bons, il doit s’agir d’un article paru dans Le Couac, intitulé “de notre servitude (informatique) involontaire”).
Commentaires récents