Certain(e)s Clampin(e)s auront déjà reçu ce message dans leur boîte mail. Je me permets de l'adresser ici aussi aux quelques lecteurs de ce blog qui ne figurent pas dans mon carnet d'adresse.
Metz, le 31/12/2010
Très chères vous toutes et très chers vous tous,
Cette année je vous épargnerai [ou pas ! cf. en deuxième partie de billet] les 12 pages de résolutions et de vœux que j'avais exprimés pour 2010 à celles et ceux… à qui je les avais envoyés.
L'indignation dont je vous faisais alors part n'a aucunement décru, au contraire elle s'est accru dans des proportions dans lesquelles il est souvent tentant de baisser les bras et de s'affaler dans un fatalisme à la sauce "on n'y peut rien", "c'est comme ça", "ils sont plus forts que nous", "tu te bas contre des moulins", etc.
Je vous livrerai juste ces trois invitations à la réflexion et à l'action :
- La première, que sûrement beaucoup d'entre vous connaissent déjà, est l'allégorie du Colibri, souvent racontée par le philosophe Pierre Rabhi :
Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »
Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »
- La seconde est une invitation à lire et faire lire le livre de Stéphane Hessel, ancien résistant et prisonnier d'Auschwitz, puis ambassadeur de France aux Nations Unies :
lien vers la page de l'éditeur
- Enfin, je finirai avec ce message, que j'emprunte à l'association les Renseignements généreux (dont je vous recommande de visiter le site et de lire les brochures qui sont une mine d'informations sur de nombreux sujets de société) :

Je vous embrasse et vous souhaite une année 2011… comme vous la ferez !
Vincent, révolté mais pas résigné.
Vœux et résolutions pour 2010 (mais toujours d'actualité)
Chers amis et chères amies,
Bonne année 2010 et tous mes vœux sincères de bonheur - ou tous mes vœux de bonheur sincère, au choix.
Ce message est un peu long. C'est un message groupé, mais néanmoins personnel. Je ne vous encombrerai pas de chaînes et messages militants cette année si vous ne le souhaitez pas mais vous demande, cette fois au moins, de m'offrir votre attention en lisant ce courriel jusqu'au bout. C'est important pour moi. Si en plus vous m'y répondiez, vous me combleriez d'aise et d'honneur. Je n'apporte, ni ici ni ailleurs, aucune vérité absolue et ne suis pas à l'abri de l'erreur : je suis de ce fait ouvert au débat qui fait avancer les idées et à la contradiction argumentée. Votre avis est tout aussi légitime que le mien : donnez-le !
Pour cette année qui commence, je ne vous souhaiterai pas d'avoir tout ce que vous désirez car cela n'est pas possible. Pas possible car ce serait très certainement aux dépens de quelqu'un d'autre. N'y voyez aucune accusation personnelle et laissez-moi vous expliquer le fond de ma pensée, s'il-vous-plaît.
Gandhi nous invitait en son temps à "vivre simplement pour que d'autres puissent simplement vivre".
Je vous souhaite, donc, beaucoup de bonheur et de bien-être. Pas davantage de possessions. Je vous souhaite une bonne santé, oui, dans la mesure où vous faites ce qu'il faut pour la conserver. Je vous souhaite d'avoir le nécessaire à une vie digne, pas d'étouffer sous le superflu. Je vous souhaite d'être heureux avec votre famille, vos amis, vos collègues, vos voisins, de cultiver ce bien si précieux que sont les relations humaines. Je vous souhaite, en somme, moins de biens matériels et plus de liens affectifs.
Interrogeons-nous sur notre mode de vie. Quel avenir réservons-nous à notre planète et, a fortiori, quel avenir nous préparons-nous à nous-mêmes, Humains, aux générations présentes et futures ? Arrêtons de nous voiler la face et de croire à la religion de la Technologie-Qui-Nous-Sauvera-Tous. Nous n'irons jamais vivre sur une autre planète et les ressources de la Terre ne sont pas plus extensibles que sa surface. Ne pouvons-nous vivre plus simplement ? Est-ce si difficile de réfléchir à la portée de nos actes, de tous nos actes du quotidien ?
Il est presque trop tard pour agir. Cela ne signifie en aucun cas qu'il faille être fataliste, cela doit au contraire nous interpeller et nous amener à la conclusion qu'il faut stopper nette notre fuite en avant vers toujours plus de croissance économique et bifurquer avant de nous prendre le mur des limites physiques de la Terre en pleine face. Autrement dit : prenons nos RESPONSABILITÉS et entrons en dé-croissance.
Clarifions la notion de "croissance" par un exemple :
Prenez un verre d'eau. Introduisez-y une paille et commencez à aspirer. Par la force des choses (que j'ai appelée ci-dessus "limites physiques"), le verre finit par se vider, plus ou moins rapidement selon la force de succion exercée, et ne se remplira pas de lui-même, même si vous attendez longtemps devant en récitant de nombreuses prières extatiques.
La Terre est ce verre d'eau que nous pompons toujours plus : pétrole, gaz, minerais en tout genre (métaux, uranium…), pierres et roches, sels, nappes d'eaux fossiles, terres arables… L'échelle d'accumulation de ces richesses (le temps de remplissage du verre d'eau) est géologique, de l'ordre donc de la centaine de millions d'années, voire du milliard d'années pour les plus anciennes.
L'alternative est simple à comprendre : 1) la croissance, exponentielle par définition : on pompe chaque année plus que la précédente, le verre se vide avant qu'on ait dit "croissance sauve nous !". 1') la croissance "verte" : on peint la paille en vert et on met un autocollant de la Fondation Nicolas Hulot ® sur le verre, et, éventuellement, on aspire un peu moins fort ; cf. 1).
2) la décroissance : on lève le pied, on arrête de pomper comme des shadoks, on regarde ce qu'on a d'ores et déjà sorti de terre, on compte combien nous sommes sur Terre, et ceux qui ont le plus (20%) partagent avec ceux qui n'ont rien (80%). On gère la ressource et on partage.

Vous avez sûrement entendu les conclusions du sommet sur le climat de Copenhague : lamentables. C'était à prévoir. On devrait plutôt parler d'abîme climatique que de sommet. La couverture (médiatique d'abord !) à soi, le NIMBY ("not in my back yard" : tant que cela ne se passe pas derrière chez moi, cela ne me concerne pas), l'attentisme décisionnel du gouvernement, toutes ces attitudes négatives nous conduisent très certainement à des temps prochains bien difficiles (catastrophes écologiques, crises sociales violentes, migrations climatiques, épuisement des ressources et donc flambée de leurs prix, aggravation des inégalités, etc., et autoritarisme pour gérer les situations de plus en plus conflictuelles).
Quelle que soit notre religion, nos convictions politiques, nos opinions, nous ne pouvons continuer ainsi. Il nous faut réduire de manière drastique notre empreinte écologique et notre emprise sur d'autres populations (à l'autre bout du monde ou à coté de chez nous).
Il ne s'agit pas seulement du changement climatique, commode pour vendre une croissance verte, mais aussi de toutes les dégradations : environnement, biodiversité, santé physique et mentale, faune et flore, etc. Notre milieu de vie se meurt du fait de l'appétit de ces 20% d'Humains dont nous faisons partie. De quel droit, et pourquoi ne changeons-nous pas les choses ?
Nous en avons pourtant le pouvoir, nous avons le pouvoir de décider, d'agir, de réduire notre consommation de biens, nous n'avons pas besoin de tout cela, les relations humaines et affectives sont bien plus précieuses que tous ces objets commerciaux de pacotille.
Faisons le compte de nos achats de Noël… Avions-nous besoin de les acheter ? De ces quelques secondes d'un plaisir souvent bien superficiel, qu'en retirons-nous ?
Faisons le compte de toute la nourriture achetée, en avions-nous besoin, ne peut-on fêter sans s'empiffrer ?
Faisons le compte de tous les déplacements occasionnés par l'achat de toutes ces choses, pourquoi ?
Le cadeau que j'ai fait ou que j'ai reçu, d'où vient-il ? qui l'a fabriqué ? dans quelles conditions ? à quel prix ? qu'a-t-il nécessité en matières premières ? en eau ? en énergie ? en transport ? va-t-il durer ? est-il recyclable ? comment ? où ? avec quelle énergie ? par qui ?
Cette nourriture que j'ai mangée, est-elle seulement bonne pour ma santé ? d'où proviennent ses ingrédients ? sont-ils traités et avec quoi ? combien de kilomètres ont-ils effectué avant d'atterrir dans mon assiette ? combien de milliers de litres de kérosène et de gazole ont-ils nécessité, du champ à l'assiette, en passant par la transformation et le transport ?…
"Donneur de leçons", me direz-vous ? Je préfère "lanceur d'alertes". Ou plus justement et modestement relais des lanceurs d'alertes, ces scientifiques souvent punis pour mettre en garde contre les dérives de nos modes de vie.
"Nan mais de quoi qu'i' s'mêle suis-là ?", entends-je d'ici.
Mais seulement de ce qui me regarde, ma bonne dame. Ces questions que je me pose ci-dessus, je ne me les suis pas posées toujours… et je commets assurément encore des erreurs aujourd'hui. Je ne prétends pas être un "surhomme" ou un quelconque "Sauveur-Attitré-De-La-Terre-Qu'Elle-Est-Belle-Avec-Les-Ptites-Fleurs-Et-Les-Pitits-Zoiseaux"… Je suis en revanche probablement un peu plus avancé que d'autres dans une réflexion profonde, une remise en cause radicale de notre fonctionnement. "Radical" ne veut pas dire terroriste ou ayatollah, ni même extrémiste, mais simplement "qui s'attaque aux causes profondes" (comme dit mon dictionnaire) aux racines des problèmes.
Il nous faut absolument guérir de "la maladie matérialiste" dont nous sommes atteints, réduire notre empreinte et notre croissance.
C'est urgent, nous ne sommes pas tous suicidaires, mais en ce moment, nous sommes tous des destructeurs de notre environnement, qui nous est vital.
A ce propos, je vous encourage vivement à prendre 20 minutes de votre temps pour écouter le discours, riche d'enseignements à mon avis, tenu par Hugo Chavez, Président du Vénézuéla, lors de cette farce pitoyable de sommet "climatique" de Copenhague (»ici«). Ce n'est assurément pas du temps perdu. Méditons, militons et agissons en conséquence !
Ce message que je vous adresse ici n'est pas une leçon de morale, juste un cri d'alarme. Face à une alerte à incendie, il y a plusieurs réactions possibles : celui qui contribue volontairement à l'extension des flammes ; celui qui a vu le pyromane mais ne s'y oppose pas ; celui qui pense qu'il ne peut pas y avoir le feu ou que la technologie des portes pare-feu le protégerons et qui ne bouge donc pas ; celui qui fuit en sauvant ce qu'il peut ; celui qui court chercher l'extincteur ou qui aide ceux qui ont plus de difficulté à prendre la poudre d'escampette… Collabo, résistant, spectateur passif ou victime (complaisante ou non)… Choisissez votre rôle en conscience.
Alors pour 2010, prenez les vraies bonnes résolutions, celles qui vous impliquent vraiment et qui peuvent amener un vrai changement.
Voici quelques idées-pistes ou "uto-pistes" :
- ralentissez votre rythme de vie ;
- rendez les visites que vous voulez faire depuis longtemps, vous ferez des heureux et à cette occasion proposez votre aide, plutôt que de ramener un cadeau ;
- mangez moins de viande, 1 à 3 fois par semaine suffit amplement et n'est nullement indispensable ;
- diminuez également votre consommation de produits laitiers ;
- réduisez votre temps de travail, vous gagnerez moins d'argent, mais vous serez aussi moins tentés d'acheter des gadgets dont vous n'avez pas vraiment l'utilité et vous aurez plus de temps à consacrer à vos passions et à vos proches ; de plus, le travail se fait rare : partageons-le !
- réparez ce qui est cassé, recyclez ce qui peut l'être, évitez les emballages et le prêt-à-jeter ;
- occupez-vous de votre famille et éteignez la télévision, la console et l'ordinateur (promis, sur ce dernier point, je vais aussi faire un effort !) ;
- faites la cuisine en famille avec des produits simples, locaux et de saisons ;
- bricolez, faites vous-mêmes ;
- réduisez votre consommation de produits préfabriqués en tout genre ;
- tissez des liens autour de vous (repas de quartier, soirées jeux de sociétés entre amis/voisins, activités associatives, organisation de la vie du quartier…) ;
- adressez (si vous vous en sentez capables et si vous en avez envie : faire plaisir malgré soi s'appelle l'hypocrisie !) la parole, un sourire, apportez un bol de soupe ou un bout de pain aux personnes qui font la manche ou qui vivent dans la rue. C'est souvent bien plus gratifiant pour celui qui donne et celui qui reçoit qu'une pièce jetée par charité chrétienne sans le moindre regard ;
…
La liste est longue et on peut en faire une ensemble si vous êtes intéressés.
Vous verrez le plaisir que l'on éprouve à faire des choix personnels et à agir en accord avec sa conscience.
A comprendre que c'est possible de vivre mieux avec moins de biens mais tellement plus de liens. Enfin !
Il va sans dire que j'appliquerai moi-même les recommandations que je vous fais. Je viens à ce titre d'intégrer le SEL de Lille (système d'échange local, cliquez pour définition) [màj fin 2010 : j'ai depuis adhéré au SEL de Moselle], dont les principes de solidarité et d'échange non monétaire m'apparaissent comme une réponse concrète aux interrogations soulevées. Peut-être en existe-t-il un près de chez vous…
Solidaire et heureuse année à tous !
Vince
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