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Xavier Bertrand est une tanche

Xavier Bertrand, Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, était ce matin jeudi 27 sur France Inter.

Il se permet de parler de phynance (de quoi je me mêle ? pas assez occupé par le Travail et l’Emploi et la Santé ?) pour dire, en substance, que faute de l'action exemplaire et courageuse du nain malfaisant l'économie était exposée à un  collapse (sic).

Céquoiça ? Le mot usité en français est collapsus, c'est un terme de physiologie qui signifie affaissement. Monsieur le Ministre de la Santé ne le saurait pas ?

Le mot anglais collapse est d'usage général et signifie 1. effondrement, comme par exemple celui d'un bâtiment (ou de deux, ou même de trois), 2. plier (comme une chaise ou un parapluie), réduire, comprimer, 3. fléchir, tomber (un gouvernement).

Et alors ? Ben et alors, nous avons un ministre (un de plus) qui utilise des mots étrangers sans en connaître le sens. Comme beaucoup de ses collègues et conseillers, il ne connaît la finance que par l'impérialisme étasunien, et par l'intermédiaire de commentateurs ignares, incapables de traduire leur catéchisme et  qui se font mousser en utilisant des mots qu'ils croient inconnus du bas peuple…

Pauvre monsieur Bertrand, à prendre les gens pour des cons, c'est vous qui risquez de passer pour un con.

Pas écouté la suite…

 

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Les socialistes s’emparent du Sénat

Ce n’est pas encore fait, mais les candidats socialistes ont toutes les chances de remporter haut la main les prochaines élections sénatoriales, sans renoncer au cumul des mandats, le dernier des leurres qu’on nous a balancés. En effet, pour tenir compte de la connaissance du « terrain » des élus locaux, de l’expérience des élus de longue date, et autres foutfadaises gnagnagna qu’on a commencé à nous débiter, la Mère Emptoire a décidé que tous les candidats renonceraient au cumul des indemnités.

Les élus pourront cumuler un nombre quelconque de mandats locaux mais, attendu qu’ils ne sont pas des surhommes, ne mangent que trois fois par jour, ne travaillent qu’une journée chaque jour, ne roulent que dans une voiture, ne portent qu’un costume… ils devront choisir l’indemnité et les avantages connexes liés à l’un des mandats. De plus, l’indemnité unique sera plafonnée au niveau du traitement d’un fonctionnaire en fin de carrière. Les actifs qui continueront de toucher un traitement ou un salaire ne percevront que la différence entre le montant de l’indemnité et celui de leur revenu d’activité, les retraités ne toucheront que la différence entre le montant de l’indemnité et celui de leur pension. Dans le cas où le revenu d’activité maintenu (ou la pension) est supérieur à l’indemnité, il n’y a pas d’indemnité,
Les frais de secrétariat et de déplacements seront également limités.

Les candidats socialistes montreront ainsi qu’ils ne sont animés que par l’intérêt public et non par l’appât du gain. Leurs concurrents des autres partis ne sauront guère surenchérir qu’en réclamant une déclaration de patrimoine avant l’élection et après le mandat, avec contrôle par le fisc.

Que des bonnes nouvelles !

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Une question qui est une question

Lundi matin, sur France Inter, le porte-parole du Parti “Socialiste”. Aurait pu être intéressant. Juste énervant !

Mais qu’est-ce que c’est, coproclaque, que cette façon de parler qui consiste à répéter que ce qui est est ? On entend ça partout, sur les autres radios aussi, et pas seulement chez les politicards, chez les journaleux aussi.

Toujours est-il que Benoît Hamon est un spécialiste du genre. Je me suis imposé de réécouter l’émission, usque ad finem, sur le site de France Inter et j’ai essayé de retranscrire ses propos. J’en ai sûrement raté, mais en voici une belle brochette :

on voit que des pays qui sont des pays émergents

ils ont des technologies qui sont des technologies à peu près équivalentes..

Sud-Coréens qui ont remporté un marché qui était un marché important

exposé à une concurrence qui est une concurrence assez féroce

tant que nous aurons un euro qui est un euro sur-évalué

je crois que c’est une leçon qui est une leçon importante

transfère des technologies vers des pays qui sont des pays qui seront demain des
(Ici on notera le quiqui.)

nous défendrons un cap politique qui est un cap politique clair

qu’on ait un dossier qui soit un dossier, pour Julien Dray, qui lève le doute

Au passage, Éric Delvaux nous fait cadeau ici d’un magnifique
soutien a minima
pour montrer qu’il bien appris ses leçons de mimétisme et qu’il n’est pas moins c…ultivé qu’un autre.

des dérapages qui sont des dérapages assez redoutables

une situation qui est une situation dans laquelle les salariés
(Variante du quiqui : la quiquelle.)

un système qui doit être un système fondé

il a choisi un thème qui est son thème de prédilection

un nouveau ministère qui est le ministère

on a une politique qui est une politique de chiffre

des quotas qui sont des quotas de travailleurs clandestins

on a une politique qui est une politique de stigmatisation

cette politique-là est une politique qui est redoutable

il y a des comparaisons qui sont des comparaisons liées au climat

on prend une question qui est une question importante

à nouveau on ait une politique qui est une politique

ce sujet-là est bien un sujet d’identification

à des fins qui sont des fins électorales

sur une question qui est une question importante

on aura une taxe qui va être une taxe qui va peser
(Encore un beau quiqui !)

avoir une production qui soit une production vertueuse

à des règles qui soient des règles environnementales fortes

nécessité d’avoir une politique qui est une poiltique beaucoup plus exigeante

des compétitions qui sont des compétitions féroces

un différend qui est un différend local

On perçoit une fréquence qui est une fréquence élevée qui est celle du verbe être qui est un verbe pauvre dans ce sens qu’il n’a guère de valeur sémantique. La conclusion générale est que si on n’a rien à dire il faut fermer sa gueule et que si on a quelque chose à dire, il vaut mieux envoyer quelqu’un qui sache le dire.

Pour finir, la question qui est la question du titre : quelqu’un pourrait-il proposer un nom qui serait le nom de cette manie, ou figure de rhétorique, ou figure de style, ou tournure de phrase, qui n’est pas vraiment de la tautologie, ni de la redondance, mais vraiment sui generis.
Il faudrait que ce mot soit un mot qui soit lui-même à l’image de la tournure qui est la tournure qui nous occupe : répétition et redondance et creux en même temps, avec des racines grecques ou latines pour faire chic.
C’est vraiment une question qui est une question sérieuse (anadiplose).

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Deux chômeurs potentiels de plus, et c’est pas triste

J’ai reçu, comme tous les employeurs de la région et peut-être de France, la lettre ci-dessus. J’y apprends que le nouvel avatar des ASSEDIC va changer de Numéro National d’Émetteur. Avec Des Majuscules ! En voilà une nouvelle ! D’abord je n’ai qu’une vague idée de ce qu’est ce numéro. Je suppose qu’il s’agit de circulation de fonds et des TIP (Titre Interbancaire de Paiement) utilisés en remplacement des chèques par les ASSEDIC et d’autres organismes. Ensuite, je n’en ai strictement rien à carrer, comme M. Paul Emploi me le confirme lui-même dans le dernier paragraphe.

Tout cela va dans le sens de la réduction de la production sans réduction d’activité : voilà une lettre qui a occupé Le Directeur Régional et une ou plusieurs Secrétaires, des Imprimeurs, des Postiers (avec des majuscules à tout le monde, pour ne pas faire de jaloux) pour apporter à quelques milliers de personnes des informations peut-être exactes, mais complètement inutiles, leur signaler que rien ne change en ce qui les concerne et qu’il n’ont rien de particulier à faire.

Pour aller plus loin, je propose donc que le Directeur Régional et sa Secrétaire (ou ses Secrétaires, s’il en a plusieurs) soient dispensés de présence au bureau. On ne va pas les licencier, on va leur maintenir leur salaire, déduction faite des éventuels indemnités de déplacement, frais de repas, tickets- resto et tutti quanti.

En les dispensant de présence au bureau, on fait des économies d’éclairage, de chauffage, de matériel de bureau, d’entretien des locaux, de pollution engendrée par leurs déplacements, de papier, de frais postaux etc. Moi, je ne change rien, comme on me l’a écrit, je continue de renvoyer mon TIP.

En leur maintenant leur salaire, la Société est encore gagnante. Le fonctionnement des ASSEDIC ne devrait pas en être affecté, pas plus que l’efficacité de l’ANPE, comparable au cautère sur une jambe de bois ou au mieux à un placebo (les plus érudits pourront ajouter eux-mêmes des allusions à Sisyphe ou au tonneau des Danaïdes…)

Et je retourne faire semblant de travailler, pour ne pas aggraver encore la surproduction.

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Lettre ouverte à Mme Lagarde, M. Laurent Wauquiez, M. Martin Hirsch

J’ai reçu ça :

lettrelagarde

Je réponds ça :

Madame le Ministre, Monsieur le Secrétaire d’État, Monsieur le Haut-Commissaire,

Je reçois votre lettre en même temps que le dépliant intitulé « Mesures Jeunes Actifs » originaire de « Pôle emploi » : Zéro charges pour les apprentis, 1800 € pour un apprenti de plus, 2000 € pour un contrat de professionnalisation, 3000 € pour l’embauche d’un stagiaire…

Ces mesures seraient destinées à « préparer dès aujourd’hui la sortie de crise », nous dites-vous. Les économistes distingués qui n’ont pas vu arriver cette « crise » seraient donc capables de prévoir sa fin ? À quelle heure, s’il vous plaît ?

Ces mesures, encore une fois, visent à réduire le « coût du travail» pour les employeurs, c’est-à-dire en clair permettre à l’employeur de réduire légalement les salaires. Cela de deux façons, encore une fois : d’abord en taillant dans leur partie indirecte, les cotisations sociales désignées usuellement par le terme trompeur de « charges » ; ensuite en détournant du bien commun les ressources de l’impôt pour les reverser aux employeurs.

Employeur moi-même, comme gérant d’une (toute) petite SàRL, je ne marche pas dans vos combines. Je ne crois pas que cette politique de baisse des salaires indirects -continue depuis vingt-trois ans pour ce que j’en sais- ait jamais suscité la moindre embauche qui n’aurait pas eu lieu sans elle. Je ne crois pas qu’accentuer les causes de la prétendue crise soit un remède à la crise. Je ne peux pas croire que vous y croyiez vous-mêmes et je trouve insultant que vous me croyiez susceptible d’y croire.
Vous avez accepté l’indécence des « bas salaires » en fixant leur limite réglementaire à un SMIC et demi. Vous l’avez favorisée en y ajoutant l’indécence de l’exemption de cotisations au profit des employeurs qui n’ont pas honte de verser des salaires inférieurs. Sans effet sur l’emploi, naturellement.

Mon opinion est que si votre gouvernement veut agir pour l’emploi, il devrait commencer par remplacer les enseignants qui partent en retraite au lieu de supprimer leurs postes. Même le professeur Bernard Maris de Charlie Hebdo ressasse sur les ondes de Radio-Val que l’enseignement n’est pas une dépense mais un investissement. C’est dire ! Je me permets de vous suggérer de recourir à quelques enseignants, d’abord pour relire les textes que vous signez, ensuite pour inculquer quelques rudiments de la langue française écrite à ceux qui les rédigent.

La phrase : « Elles ont été prises après avoir entendu les acteurs du monde économique qui nous ont dit qu’elles correspondaient à leurs besoins. » est un concentré de tout ce qui fait un texte détestable.
La tournure passive « Elles ont été prises » vous permet de ne pas dénoncer le coupable désigner l’auteur des mesures et ainsi de fuir vos responsabilités. Pourquoi pas « Nous les avons prises ? », puisque vous êtes trois à signer et à invoquer, au début du deuxième paragraphe, la haute autorité du Président de la République ?

Ensuite, grammaticalement, le sujet de « ont été prises » est aussi, par défaut, celui de « avoir entendu ». Cette anacoluthe n’a pas de sens, les mesures n’entendent rien.
Dans la construction ambiguë : « les acteurs … qui nous ont dit qu’elles correspondaient à leurs besoins », on ne peut que comprendre que vous avez entendu seulement ceux qui vous ont dit « qu’elles correspondaient… »
Si vous les aviez tous entendus, vous auriez dû mettre une virgule après « économique », ou bien écrire, toujours avec une virgule : « les acteurs…, lesquels nous ont dit… »

Inutile de vous dire que je n’ai pas été entendu, tout acteur du monde économique que je suis. Au fait, qui considère-t-on comme acteur du monde économique, dans vos quartiers ? Ou plutôt, si tout le monde n’est pas acteur, qui est agi ? Ne pouvez-vous vraiment pas dire qui a été entendu (forme passive impersonnelle), qui vous avez choisi d’entendre ?

Il y a par contre une virgule en trop avant le complément d’objet direct « le détail », après « Vous trouverez en pièce jointe » ; ou bien on mettra « en pièce jointe » entre virgules.

Pour finir, Monsieur Hirsch en particulier, vous qui faites entendre vos inquiétudes ces jours-ci, êtes-vous vraiment signataire de cette lettre, ou bien est-ce à l’insu de votre plein gré ? Et d’abord qu’alliez-vous faire en cette galère ?

Civilités d’usage

Pour ceux des lecteurs du blog qui s’inquiéteraient pour moi des représailles administratives éventuelles : rassurez-vous, mon entreprise a déjà connu le contrôle fiscal et celui de l’URSSAF. Peine perdue pour les maltôtiers et les autres, ma comptabilité est simple et transparente depuis que je n’ai plus d’expert-comptable.

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La lettre de Michael Moore

Documentariste, Michael Moore a notamment reçu la Palme d’or à Cannes en 2004 pour son pamphlet anti-Bush : Fahrenheit 9/11. L’un de ses premiers films, Roger & moi (1989), montrait les dégâts causés par la suppression de 30 000 emplois par GM dans sa ville natale.

Ce chapeau est celui de Courrier International, dans l’article cité par Superno.

La lettre de Michael Moore mérite mieux qu’une traduction approximative et surtout abrégée, sans les explications que donne M. Moore. Voici la mienne, qui présente au moins l’avantage d’être complète.

J’écris ces lignes au matin de la fin de la naguère puissante General Motors. Avant midi le président des États-Unis aura rendu cette fin officielle, la General Motors que nous connaissons aura disparu.

Ici dans le berceau de GM, à Flint (Michigan), je suis entouré d’amis et de parents pleins d’anxiété pour ce qui va advenir d’eux et de leur ville. Quarante pour cent des logements et des entreprises de Flint sont à l’abandon. Imaginez ce que serait votre vie dans une ville où près d’une maison sur deux est vide. Quel serait votre état d’esprit ?

C’est une triste ironie que l’entreprise qui a inventé l’« obsolescence planifiée » - la décision de construire des voitures qui tomberont en morceaux au bout de quelques années, de telle façon que le client doive en acheter une neuve - se trouve elle-même frappée d’obsolescence. Elle a refusé de construire les automobiles que demandait le public, des voitures économes en carburant, aussi sûres que possible et extrêmement agréables à conduire. Oh - et qui ne commencent pas à tomber en morceaux au bout de deux ans. GM a combattu obstinément les réglementations relatives à l’environnement et à la sécurité. Ses dirigeants ont ignoré avec arrogance les voitures « inférieures » des Allemands et des Japonais, ces voitures qui allaient devenir l’étalon-or des acheteurs d’automobiles. L’entreprise s’est acharnée à maltraiter sa main-d’œuvre syndiquée, en jetant dehors des milliers de travailleurs sans autre raison que d’« améliorer » le bilan à court terme de la société. Au début des années 80, quand GM enregistrait des profits records, elle a délocalisé des emplois innombrables vers le Mexique et ailleurs, en détruisant la vie de dizaines de milliers de travailleurs américains qui travaillaient dur. La stupidité aveuglante de cette politique a été que pendant qu’ils privaient de revenus tant de familles de la classe moyenne, ils ne se demandaient pas qui allait pouvoir se payer leurs voitures. L’histoire retiendra cette bêtise de la même façon qu’elle décrit maintenant celles des Français avec leur Ligne Maginot, ou des Romains qui ont empoisonné sans le savoir leur propre réseau d’adduction d’eau avec du plomb mortel dans ses tuyaux.

Nous voici aujourd’hui devant le lit de mort de General Motors. Le cadavre de l’entreprise n’est pas encore froid et je me trouve — oserai-je le dire ? — rempli de joie. Il ne s’agit pas d’une joie revancharde vis-à-vis d’une entreprise qui a ruiné ma ville natale et apporté misère, divorce, alcoolisme, exclusion, détresse physique et mentale, addiction à la drogue, aux personnes avec lesquelles j’ai grandi. Je n’éprouve évidemment aucune joie non plus à l’idée que 21 000 salariés supplémentaires de GM vont se voir notifier, à eux aussi, la perte de leur emploi.

Mais vous et moi et le reste de l’Amérique sommes maintenant propriétaires d’un constructeur automobile ! Je sais, je sais — qui diable peut bien vouloir gérer une entreprise automobile, de nos jours ? Lequel d’entre nous aimerait voir 50 milliards de nos impôts déversés dans le gouffre sans fond de GM pour tenter encore de la sauver ? Soyons clair : le seul moyen de sauver GM est de tuer GM. Mais préserver nos précieuses infrastructures industrielles est une autre question et doit être la priorité absolue. Si nous permettons que nos sites de production automobile soient fermés et rasés, nous le regretterons amèrement quand nous nous apercevrons que ces usines auraient pu fabriquer les systèmes exploitant les énergies renouvelables dont nous avons désespérément besoin maintenant. Et quand nous nous rendrons compte que les meilleurs moyens de transport sont le tramway, les trains à grande vitesse et des autobus plus propres, comment les fabriquerons-nous si nous laissons disparaître nos outils industriels et notre main-d’œuvre qualifiée ?

Alors que le gouvernement fédéral et les tribunaux s’apprêtent à « réorganiser » GM, voici le plan que je demande au président Obama de mettre en œuvre pour le bien des travailleurs, des villes où GM est implantée et de la nation toute entière.

Il y a vingt ans, quand j’ai réalisé Roger & Me, j’ai essayé de prévenir les gens de ce qui attendait General Motors. Si la hiérarchie et l’expertocratie avaient écouté, peut-être aurait-on pu éviter une grande partie de tout cela. Fort de la justesse de mes prévisions, je réclame qu’un regard honnête et sincère soit jeté sur les suggestions suivantes :

1. À l’image de ce qu’a fait le président Roosevelt après l’attaque de Pearl Harbor, le président doit dire à la nation que nous sommes en guerre et qu’il nous faut convertir immédiatement nos usines automobiles à la production de véhicules de transports en commun et à l’exploitation d’énergies renouvelables. En quelques mois, en 1942, GM a cessé la production de voitures et a utilisé immédiatement les chaînes d’assemblage pour fabriquer des avions, des tanks et des mitrailleuses. La conversion a été instantanée. Tout le monde s’y est mis. Les fascistes ont été battus.

Nous sommes maintenant dans une autre sorte de guerre — une guerre que nous avons menée contre l’écosystème, qui a été menée par nos propres dirigeants d’entreprises. La guerre présente se déroule sur deux fronts. L’un a son quartier général à Detroit. Les produits des usines GM, Ford et Chrysler sont parmi les pires armes de destruction massive, responsables du réchauffement climatique et de la fonte des calottes glaciaires des pôles. Les choses que nous appelons voitures ont peut-être été plaisantes à conduire, mais elles sont comme un million de poignards dans le cœur de la Mère Nature. Continuer à en construire conduira seulement à la ruine de notre espèce et d’une grande partie de la planète.

L’autre front de cette guerre est le combat mené par les compagnies pétrolières contre vous et moi. Elles s’emploient à nous escroquer autant qu’elles peuvent et elles ont été des gestionnaires irresponsables de la quantité finie de pétrole qui se trouve sous terre. Elles savent qu’elles vont la sucer jusqu’au bout. Et comme les magnats du bois, au début du XXe siècle, qui n’avaient rien à faire des générations futures pendant qu’ils rasaient toutes les forêts qui leur tombaient sous la scie, ces barons du pétrole ne disent pas au public ce qu’ils savent vrai — qu’il ne reste que pour quelques décennies de pétrole exploitable sur cette planète. Et comme la fin du pétrole se rapproche, attendez-vous à voir des gens très désespérés, prêts à tuer ou être tués pour mettre la main sur un bidon de cinq litres d’essence.

Le président Obama, maintenant qu’il a pris les commandes de GM, doit immédiatement convertir ces usines à des utilisations nouvelles et indispensables.

2. Ne pas mettre 30 milliards de dollars supplémentaires dans les coffres de GM pour fabriquer des voitures. Au lieu de cela, utiliser ces fonds pour maintenir les effectifs actuels - et la plupart de ceux qui ont été précédemment licenciés - et les employer à la production des nouveaux modes de transport du XXIe siècle. Qu’ils commencent leur conversion maintenant.

3. Annoncer que nous aurons d’ici cinq ans des trains à grande vitesse qui sillonneront ce pays de part en part. Le Japon célèbre cette année le 45e anniversaire de son premier train à grande vitesse. Il en a des dizaines aujourd’hui. Vitesse moyenne : 265 km/h, retard moyen des trains : moins de 30 secondes. Le Japon a ces trains depuis près de cinquante ans, nous n’en avons aucun ! La technique existe pour relier New York à Los Angeles en 17 heures et nous ne l’utilisons pas, c’est criminel ! Embauchons les chômeurs pour construire les nouvelles lignes à grande vitesse dans tout le pays. Miami à Washington DC en moins de sept heures. Denver-Dallas en cinq heures et demie. Cela peut être fait, et maintenant.

4. Lancer un programme visant à doter toutes les villes, grandes et moyennes, de tramways. Faire construire les rames dans les usines GM. Embaucher systématiquement la main-d’œuvre locale pour l’installation et l’exploitation de ce système.

5. Pour les gens des zones rurales non desservies par les voies ferrées, faire produire par les usines GM des autobus économes en carburant et non polluants.

6. Dans l’immédiat, faire fabriquer des véhicules hybrides ou tout électriques (et des accumulateurs) dans certaines usines. Il faudra quelques années pour que nous nous habituions aux nouvelles façons de nous déplacer. Quitte à avoir des automobiles, autant qu’elles soient plus propres et moins agressives. Nous pouvons les construire dans les mois qui viennent (ne croyez pas ceux qui vous disent qu’il faudra des années pour convertir les usines - ce n’est pas vrai, simplement).

7. Reconvertir certains sites GM désaffectés en unités de production d’éoliennes, de panneaux solaires et autres systèmes exploitant les énergies renouvelables. Nous avons besoin tout de suite de dizaines de millions de panneaux solaires. Et il y a une main-d’œuvre prête et qualifiée qui peut les construire.

8. Accorder des avantages fiscaux aux personnes qui se déplacent en véhicule hybride, en bus ou en train. De même, des crédits pour ceux qui convertissent leur habitation aux énergies renouvelables.

9. Pour financer ces programmes, instaurer une taxe de 2 dollars sur chaque gallon [3,79 litres] d’essence. Elle poussera les automobilistes à se tourner vers des voitures moins gourmandes ou à utiliser les nouveaux transports que les anciens ouvriers de l’automobile auront construits pour eux.

Voilà pour commencer. Mais, s’il vous plaît, je vous en conjure, ne sauvez pas GM pour qu’une version réduite de la firme continue de fabriquer des Chevy ou des Cadillac. Ce n’est pas une solution viable à long terme. Ne gaspillez pas d’argent dans une entreprise dont le tuyau d’échappement fonctionne mal et remplit la voiture d’une drôle d’odeur.

Il y a cent ans cette année que les fondateurs de General Motors ont convaincu le monde d’abandonner chevaux, selles et cravaches pour essayer un nouveau mode de transport. Il est temps pour nous maintenant de dire adieu au moteur à combustion interne. Il a semblé bien nous servir pendant longtemps. Nous avons apprécié de faire un saut en voiture au A&W [chaîne de « restaurants »]. Nous avons profité du siège avant — et arrière. Nous avons regardé des films sur des écrans géants en plein air, assisté aux courses sur les pistes NASCAR [stock cars] dans tout le pays, nous avons vu l’Océan Pacifique pour la première fois à travers une vitre depuis l’autoroute n° 1. Maintenant c’est fini. C’est un nouveau jour, d’un nouveau siècle. Le président — et l’UAW [syndicat des travailleurs de l’automobile] — doivent profiter du moment et fabriquer une grande quantité de limonade avec ce citron très amer et très triste.

Hier, la dernière survivante du naufrage du Titanic est morte. Elle a échappé à une mort certaine et continué à vivre quatre-vingt-dix-sept ans.

C’est ainsi que nous pouvons survivre à notre Titanic, dans tous les Flint (Michigan) de ce pays. Soixante pour cent de General Motors nous appartiennent. Je pense que nous pouvons faire mieux.

Bien à vous
Michael Moore
MichaelMoore.com

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