Restavec
12 janvier 2010 - Port-au-Prince - Haïti - terrible séisme.
“Restavec”, c’est ainsi qu’on nomme les enfants-esclaves, en Haïti. (essentiellement les garçons, les petites filles, elles, sont nommées “làpourça”… tout un programme…)
Monsieur Jean-Robert Cadet est un ancien restavec sorti de cet enfer par tout un concours de cirsconstances.
Il le raconte dans son livre autobiographique “Restavec” (malheureusement épuisé dans sa version française.)
Monsieur Cadet a fait maintenant de sa vie une lutte contre ce fléau que représente l’eslcavage des enfants.
Son parcours est absolument hors norme.
Son enfance aurait pu le rendre aigri, violent ; Il est ce que j’appelle un “vrai être humain”.
D’une intelligence bien au-dessus de la moyenne et d’une capacité d’adaption extraordinaire, il a débarqué aux USA vers l’âge de 14 ans.
Il ne connaît pas sa date de naissance.
Vous imaginez-vous ce que cela représente ? Il ne sait pas son âge exact. Sur ses papiers, il est inscrit qu’il est né le 15 février 1955.. c’est une simple appréciation du fonctionnaire qui lui a fait des faux-papiers avant qu’il ne parte de Haïti.
Il a d’abord fait des tas de petits boulots, tout en allant au lycée, lui qui savait à peine lire et écrire.
Il s’est engagé dans l’armée après avoir vu une affiche représentant un char.
Il a eu envie de conduire ce char, tout simplement.
Apèrs quelques années passées sous l’uniforme, il est allé à l’université.
Il a ensuite trouvé un poste d’adjoint au directeur commercial d’une entreprise.
Puis, une série de hasards, encore, l’a conduit à se retrouver professeur de français dans un collège.
Il ne faut pas croire, cependant, que tout a été facile. Les traumatismes subis dans son enfance l’ont poursuivi longtemps et le poursuivent encore.
Des années pour ne plus souffrir d’incontinence nocturne.
Des années pour réussir à manger à table, en compagnie d’autres personnes.
Des années pour ne pas s’enfuir quand il se trouve au sein d’un groupe de personnes parlant de choses et d’autres.
Encore maintenant, il lui arrive de se retrouver au fond de la piscine, selon sa propre expression.
Comment je sais tout ça ?
Parce que Jean est mon frère de coeur depuis plus de 5 ans.
Après avoir lu son livre, j’étais tellement bouleversée que je lui ai écrit par l’intermédiaire de la maison d’édition.
Quelques semainbes plus tard, je recevais une réponse de lui ; il indiquait son adresse mail et notre correspondance a commencé.
Quelques mois plus tard, invité à Paris pour y faire une conférence, il est venu me voir et a passé quelques jours chez moi.
Il m’a fait l’honneur et le plaisir d’accepter d’être mon frère.
Depuis, je l’ai revu (trop rarement) et mon admiration affective pour lui s’est considérablement accrue.
Dans son dernier message, il me disait qu’il allait se rendre à Port-au-Prince dans la première quinzaine de janvier.
12 janvier 2010 - Port-au-Prince - Haïti - terrible séisme.
Je n’ai pas de nouvelles.
J’attends.
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