Chronique de la haine ordinaire ou De la barbarie humaine dans une société sans limites
— Anecdote cathartique —
Semaine dernière, route mouillée, je crois être à la bourre. Je cours prendre le bus. Dans une foulée, je retombe de tout mon poids sur ma cheville droite. Foulée. J’étais à l’heure. Malaise, pompiers, urgences et quelques heures perdues. J’ai raté mon bus. Entorse, orthèse et béquilles.
Hier, je vais chez le kiné pour faire remettre mon articulation contue. Au bout de la rue Serpenoise (si vous ne connaissez pas Metz, c’est une grave lacune), à côté de la colonne de Merten, j’attends que le bonhomme verdisse pour traverser. Une grosse BMW flambant neuve déboule et se gare sur le trottoir, n’écrasant pas deux demoiselles sans doute par magnanimité. Ou bien pour ne pas salir la carosserie. Ou bien encore parce que celles-ci se poussèrent au contact du parechoc - ou une infime fraction de seconde avant l’impact.
Deux types s’installent dans le paquebot sur roues. Pour moi, c’est toujours au rouge. La bagnole redémarre, mais le caïd (ce terme n’est assurément pas un effet de langage) assis au poste de pilotage (je n’irai pas jusqu’à dire que ce jeune homme “conduisait”)
1) ne semble pas remarquer ma présence sur sa trajectoire,
ou 2) se contre-fiche de ma présence sur sa trajectoire (on va pas s’abaisser à si peu), et touche ma béquille gauche. Ou peu s’en fallut.
J’avais anticipé et surveillé le démarrage. Vue l’arrivée, j’avais un peu peur. Je n’avais par contre pas la moindre intention de me décaler, mais étais bien décidé à rester en vie encore un moment. Depuis quand les bagnoles ont-elles la priorité sur un trottoir, où, soit dit en passant, je n’étais pas vraiment le seul passant ? Ni une ni deux, énervé par cette absence de considération et de respect flagrante, son capot a pris un malencontreux coup de béquille. Grands dieux, que n’ai-je donc fait là !
Peu s’en fallut que je ne trépassasse ! Lui peut me rouler dessus (béquilles ou pas béquilles), mais égratigner son polish, inconscient de je suis !, c’est me passer la corde au cou ! Il arrêta sa machine, pour la circonstance, à cheval entre trottoir et chaussée, qu’il encombra de ce fait, ce qui ne sembla guère l’affecter outre mesure - ce qui peut paraître normal lorsqu’on passe avant tout le reste du monde.
Le quidam ouvre, dans un premier temps, la fenêtre du passager par laquelle je reçois un bouquet de joyeux noms d’oiseaux agrémentés de quelques mollards des deux autres occupants. Le personnage principal, après avoir hésité à se saisir de quelque objet dans sa boîte à gants, sort de l’habitacle, mains nues militari (pour ceux qui ne parlent pas latin couramment : “armé seulement de ses mains”), apparemment quelque peu contrarié.
Comme je ne gardais pas ma langue dans ma poche, une demoiselle attendant aussi pour traverser m’a mis en garde plus ou moins en ces termes : “Tu sais pas à qui t’as affaire”. En effet, et je m’en fous !
L’individu contourne le capot, constate en luttant contre la syncope les dégâts sur son capot puis vient me parler. Ah non, pardon, j’oubliais que la parole est le propre de l’homme. Je ne vois pas trop ce que celui-ci avait d’humain. Là j’ai un trou de mémoire. Je ne sais plus ce qu’il a maugréé, c’était sûrement amical. Les mollards continuaient de pleuvoir de la voiture, mais j’étais plus intéressé par l’occupation des mains de mon interlocuteur. Il est remonté dans sa belle auto. Il a refouillé dans sa boîte à gant, en a sorti une sorte de cylindre blanc d’une vingtaine de centimètres avec des écritures que je n’ai pas pris le temps de lire - et je reconnais volontiers mon manque de curiosité - et équipé d’une sorte de poignée…
J’ai quand même fait un bond en arrière, comme ça. J’en ai pas eu dans les yeux, mais ça piquait un peu la langue et la gorge et ma veste, ma main droite et la béquille du même côté étaient pleines de cette substance jaunâtre.
Pendant ce temps, ils ont détalé. Bon vent. Un ado dont j’estime l’âge autour de 14-15 ans a également profité de ma faiblesse et de ma perpléxité vis-à-vis des événements pour m’envoyer, par deux fois, un coup de pied. Dans le dos. Même dans le mépris la franchise se perd.
En conclusion, je souhaite une MORT RAPIDE ET TOUTE PROCHAINE à cette civilisation où plus rien n’a de limite, pas plus la croissance économique, que la bêtise humaine, la haine ou l’irrespect, et où les dernières valeurs sont la possession et la loi du plus fort ! Il est urgent que plus aucune voiture ne roule. Peut-être qu’on organisera la société autour des humains, qu’on arrêtera de cantonner certaines populations dans des zones de non-droit, d’où sortent, souvent, ceux-là-mêmes qui acquièrent de grosses BMW alors que leur famille est, comme on dit dans le langage politiquement correct, “défavorisée”.
L’ “égalité des chances”, ça veut dire quoi ? Que tous ceux qui vivent dans des Borny ou des Hauts-du-Lièvre ont la même probabilité de receler de la coco ou des bagnoles volées ? C’est l’égalité des chances de finir en taule, pour en ressortir encore plus caïd, épatant les petits trous de balle du genre de mon jeune agresseur, qui sans doute voulait être bien vu du chef et ne connaît pas d’autre modèle d’ “adulte” ?
Pourquoi ces connards-là sont-ils d’origine africaine, maghrébine ou d’Afrique noire ?
Pourquoi les blancs n’ont-ils pas les mêmes chances de tourner petits mafieux dans nos contrées ?
Pourquoi une bagnole vaut-elle bien une vie ?
Pourquoi les prisons débordent et la violence augmente ?
ET POURQUOI SARKOZY EST-IL PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ???? Ce type a fait de la “lutte contre l’insécurité” son cheval de bataille. Il n’a fait que stigmatiser plus encore les “populations à risque”, à renfermer un peu plus sur eux-mêmes les ghettos urbains, à attiser les tensions et jeter de l’huile (minérale) sur le feu des banlieues.
J’en veux bien plus à Sarkozy, à ses prédécesseurs, à ceux qui ont “pensé” les villes ainsi depuis quelques décennies (son grand ami Pasqua, notamment) et à tous les petits soldats qui ont obéi bien servilement à ces dangereux décideurs qu’à ces insignifiants et méprisables individus.
Qu’ils crèvent.
Mon pacifisme a du plomb dans l’aile, je vais m’empresser de le soigner.
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