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Chronique de la haine ordinaire ou De la barbarie humaine dans une société sans limites

26/02/2009 11 commentaires

— Anecdote cathartique —

Semaine dernière, route mouillée, je crois être à la bourre. Je cours prendre le bus. Dans une foulée, je retombe de tout mon poids sur ma cheville droite. Foulée. J’étais à l’heure. Malaise, pompiers, urgences et quelques heures perdues. J’ai raté mon bus. Entorse, orthèse et béquilles.

Hier, je vais chez le kiné pour faire remettre mon articulation contue. Au bout de la rue Serpenoise (si vous ne connaissez pas Metz, c’est une grave lacune), à côté de la colonne de Merten, j’attends que le bonhomme verdisse pour traverser. Une grosse BMW flambant neuve déboule et se gare sur le trottoir, n’écrasant pas deux demoiselles sans doute par magnanimité. Ou bien pour ne pas salir la carosserie. Ou bien encore parce que celles-ci se poussèrent au contact du parechoc - ou une infime fraction de seconde avant l’impact.

Deux types s’installent dans le paquebot sur roues. Pour moi, c’est toujours au rouge. La bagnole redémarre, mais le caïd (ce terme n’est assurément pas un effet de langage) assis au poste de pilotage (je n’irai pas jusqu’à dire que ce jeune homme “conduisait”)
1) ne semble pas remarquer ma présence sur sa trajectoire,
ou 2) se contre-fiche de ma présence sur sa trajectoire (on va pas s’abaisser à si peu), et touche ma béquille gauche. Ou peu s’en fallut.

J’avais anticipé et surveillé le démarrage. Vue l’arrivée, j’avais un peu peur. Je n’avais par contre pas la moindre intention de me décaler, mais étais bien décidé à rester en vie encore un moment. Depuis quand les bagnoles ont-elles la priorité sur un trottoir, où, soit dit en passant, je n’étais pas vraiment le seul passant ? Ni une ni deux, énervé par cette absence de considération et de respect flagrante, son capot a pris un malencontreux coup de béquille. Grands dieux, que n’ai-je donc fait là !

Peu s’en fallut que je ne trépassasse ! Lui peut me rouler dessus (béquilles ou pas béquilles), mais égratigner son polish, inconscient de je suis !, c’est me passer la corde au cou ! Il arrêta sa machine, pour la circonstance, à cheval entre trottoir et chaussée, qu’il encombra de ce fait, ce qui ne sembla guère l’affecter outre mesure - ce qui peut paraître normal lorsqu’on passe avant tout le reste du monde.

Le quidam ouvre, dans un premier temps, la fenêtre du passager par laquelle je reçois un bouquet de joyeux noms d’oiseaux agrémentés de quelques mollards des deux autres occupants. Le personnage principal, après avoir hésité à se saisir de quelque objet dans sa boîte à gants, sort de l’habitacle, mains nues militari (pour ceux qui ne parlent pas latin couramment : “armé seulement de ses mains”), apparemment quelque peu contrarié.

Comme je ne gardais pas ma langue dans ma poche, une demoiselle attendant aussi pour traverser m’a mis en garde plus ou moins en ces termes : “Tu sais pas à qui t’as affaire”. En effet, et je m’en fous !

L’individu contourne le capot, constate en luttant contre la syncope les dégâts sur son capot puis vient me parler. Ah non, pardon, j’oubliais que la parole est le propre de l’homme. Je ne vois pas trop ce que celui-ci avait d’humain. Là j’ai un trou de mémoire. Je ne sais plus ce qu’il a maugréé, c’était sûrement amical. Les mollards continuaient de pleuvoir de la voiture, mais j’étais plus intéressé par l’occupation des mains de mon interlocuteur. Il est remonté dans sa belle auto. Il a refouillé dans sa boîte à gant, en a sorti une sorte de cylindre blanc d’une vingtaine de centimètres avec des écritures que je n’ai pas pris le temps de lire - et je reconnais volontiers mon manque de curiosité - et équipé d’une sorte de poignée…

J’ai quand même fait un bond en arrière, comme ça. J’en ai pas eu dans les yeux, mais ça piquait un peu la langue et la gorge et ma veste, ma main droite et la béquille du même côté étaient pleines de cette substance jaunâtre.

Pendant ce temps, ils ont détalé. Bon vent. Un ado dont j’estime l’âge autour de 14-15 ans a également profité de ma faiblesse et de ma perpléxité vis-à-vis des événements pour m’envoyer, par deux fois, un coup de pied. Dans le dos. Même dans le mépris la franchise se perd.

En conclusion, je souhaite une MORT RAPIDE ET TOUTE PROCHAINE à cette civilisation où plus rien n’a de limite, pas plus la croissance économique, que la bêtise humaine, la haine ou l’irrespect, et où les dernières valeurs sont la possession et la loi du plus fort ! Il est urgent que plus aucune voiture ne roule. Peut-être qu’on organisera la société autour des humains, qu’on arrêtera de cantonner certaines populations dans des zones de non-droit, d’où sortent, souvent, ceux-là-mêmes qui acquièrent de grosses BMW alors que leur famille est, comme on dit dans le langage politiquement correct, “défavorisée”.

L’ “égalité des chances”, ça veut dire quoi ? Que tous ceux qui vivent dans des Borny ou des Hauts-du-Lièvre ont la même probabilité de receler de la coco ou des bagnoles volées ? C’est l’égalité des chances de finir en taule, pour en ressortir encore plus caïd, épatant les petits trous de balle du genre de mon jeune agresseur, qui sans doute voulait être bien vu du chef et ne connaît pas d’autre modèle d’ “adulte” ?

Pourquoi ces connards-là sont-ils d’origine africaine, maghrébine ou d’Afrique noire ?
Pourquoi les blancs n’ont-ils pas les mêmes chances de tourner petits mafieux dans nos contrées ?
Pourquoi une bagnole vaut-elle bien une vie ?
Pourquoi les prisons débordent et la violence augmente ?
ET POURQUOI SARKOZY EST-IL PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ???? Ce type a fait de la “lutte contre l’insécurité” son cheval de bataille. Il n’a fait que stigmatiser plus encore les “populations à risque”, à renfermer un peu plus sur eux-mêmes les ghettos urbains, à attiser les tensions et jeter de l’huile (minérale) sur le feu des banlieues.

J’en veux bien plus à Sarkozy, à ses prédécesseurs, à ceux qui ont “pensé” les villes ainsi depuis quelques décennies (son grand ami Pasqua, notamment) et à tous les petits soldats qui ont obéi bien servilement à ces dangereux décideurs qu’à ces insignifiants et méprisables individus.

Qu’ils crèvent.

Mon pacifisme a du plomb dans l’aile, je vais m’empresser de le soigner.

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” Nous y sommes ” de Fred Vargas

26/02/2009 18 commentaires

Je ne résiste pas à l’envie de vous faire part de ce beau texte, plein d’espoir… à condition d’ouvrir les yeux et de se mobiliser, maintenant et ensemble.

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié :
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.
D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, - attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille - récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d’échappatoire, allons-y.
Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas
Archéologue et écrivain

Adieu Facebook !

24/02/2009 15 commentaires

Voici le message que j’ai envoyé à tous mes amis virtuels sur Facebook, avant de fermer définitivement mon compte (qui, semble-t-il, n’a miraculeusement pas disparu, aux dires de ceux qui y sont restés…). Je n’ai pas pu résister au plaisir de vous en faire part, même si l’exploit, j’en conviens, est somme toute assez relatif. J’aurais jamais dû suivre les mougeons dans cette direction.
Un seul point positif cependant à cette vacherie : une ancienne correspondante canadienne m’a retrouvé par ce biais. Toujours ça de pris !

Voilà, ma décision est prise : je me désiste définitivement de cette saloperie de Facebook. Les amitiés virtuelles (ou au mieux simplement virtualisées) ne m’intéressent pas. La société moderne va mal - très mal ! - et ce n’est pas en nous cachant derrière un écran (de fumée ?) que les choses avanceront. Bougeons-nous les fesses et bougeons le monde - bougeons-nous les fesses POUR bouger le monde ! On appelle ça de la politique : faire vivre la cité. Dans le réel. Je sors de ce pseudo-monde virtuel, qui ne m’apporte rien, me coupe du monde extérieur, le vrai, et me fait perdre mon temps. En outre, j’ai déjà reçu plusieurs mises en garde vis-à-vis de facebook. La dernière en date vient du journal Le Monde d’hier (17/02/09), dont voici un court extrait : « “Vous accordez à Facebook le droit irrévocable, perpétuel, non-exclusif, transférable et mondial (avec l’autorisation d’accorder une sous-licence) d’utiliser, copier, publier, diffuser, stocker, exécuter, transmettre, scanner, modifier, éditer, traduire, adapter, redistribuer n’importe quel contenu déposé sur le site.” Cette phrase des conditions d’utilisation de Facebook semble signifier que le site s’arroge tous les droits sur les contenus déposés par les utilisateurs. (…) Fermer définitivement un compte n’empêche plus Facebook de conserver et d’utiliser ce que vous y avez laissé. » J’en ai marre de ce fichage généralisé et de notre utilisation commerciale. J’en ai marre de cette société qui ne nous considère que comme des consommateurs. Je veux être un être humain, en relation avec des êtres humains, un citoyen, un membre d’une société centrée sur l’humain et pas sur la marchandise et le profit de quelques uns au détriment du plus grand nombre. Facebook est un symptôme de cette société malade à qui je souhaite une mort rapide, où les relations humaines sont de plus en plus virtuelles. A bas la société de l’homme au service de l’économie ! vive une société par l’Homme et pour l’Homme !

Ah ! ça va mieux en le criant !

C’est moi ou… ?

23/02/2009 10 commentaires

J’apprends aujourd’hui, via linuxfr, que M. Franck Riester, rapporteur du projet de loi (n° 1240) favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet (dit aussi loi Hadopi - dont internet devrait incessament sous peu buzzer partout), a osé dire (je copie-colle sans vergogne un extrait du compte-rendu de la séance de la commission des lois, sur le site de l’Assemblée Nationale - ouais, je sais, l’attente commence à être longue, mais ça se savoure) :

M. le rapporteur. J’en viens au second objet de l’amendement : l’interopérabilité. Je n’y suis pas favorable. Il faut laisser au consommateur sa totale liberté de choix en fonction de son système d’exploitation. L’interopérabilité n’est pas nécessaire pour les consommateurs et elle est trop contraignante pour les éditeurs de logiciels.

Voilà… je précise pour ceux qui ne sont pas au courant que l’interopérabilité, c’est un concept qui fait que tous les ordinateurs du monde, malgré toutes leurs différences, arrivent à se parler entre eux. Et je vais m’auto-censurer à partir d’ici, pour ne pas attirer d’ennuis à notre (charmant) taulier (et à moi-même par la même occasion). Un dernier petit détail pour la route : le rapporteur de cette loi est député de la 5° circonscription de Seine et Marne (et membre du groupe UMP, comme par hasard ; sa page Wikipedia nous apprend qu’en plus, il exerce un métier cher à notre taulier : il vend des voitures).

Pour conclure, une petite question aux éventuels commentateurs : est-ce que c’est moi qui comprend rien à rien, ou si quelqu’un peut m’expliquer comment (et avec qui) certains députés préparent leurs dossiers ?

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Et si Chérèque … ?

Je n’ai pas la réactivité d’un blogueur émérite.

Je ne suis pas non plus totalement catégorique. J’ai la plus grande difficulté à affirmer que mon opinion est la bonne, que celle des autres est mauvaise… même si dans le fond je le pense, sans doute. Mais après tout, la fausse modestie, c’est déjà ça…

J’ai également du mal à classer les personnalités en “fréquentables” et “infréquentables” selon qu’ils sont plus ou moins de droite ou de gauche. Je soupçonne d’ailleurs un grand nombre de gens dont “le coeur est à gauche” - et je ne vise aucune ancien mannequin en particulier - de penser comme moi, ce qui explique sans doute que les électorats de gauches soient si volatils et peu fugaces. Bayrou marque-t-il quelques points sur des sujets sensibles ? tant pis s’il est de droite (personne n’est vraiment dupe), il dérobe quelques centaines de milliers de voix “de gauche”. Et tout cela va même plus loin… qui ne s’est pas surpris au détour de l’écoute distraite d’une interview radiophonique à se dire “tiens, il n’a pas tort” avant de se gifler violemment en reconnaissant un politicien de droite ? (en excluant peut-être les énergumènes de l’extrème droite “assumée”, pour lesquels la nausée tient souvent lieu de détecteur…)

Personnellement, j’aurais donc tendance à suivre Camus : “On ne décide pas de la vérité d’une pensée selon qu’elle est à droite ou à gauche et moins encore selon ce que la droite et la gauche décident d’en faire. A ce compte, Descartes serait stalinien et Péguy bénirait M. Pinay. Si la vérité me paraissait à droite, j’y serais”.

Bref. Mon sujet aujourd’hui n’est pas, rassurez-vous amis clampins anarcho-gaucho-crypto-révolutionnaires, de défendre une idée “de droite”. Du moins je ne crois pas. Je me contenterai simplement de relayer l’idée d’un syndicaliste, vilipendé par tous les radicaux qui se respectent parce qu’il appartient à un mouvement réformateur d’inspirations social-démocrate, et surtout parce qu’il passe pour être le traitre de la réforme des retraites de 2003. On se souvient de la vague d’abandon de la CFDT, des syndicalistes indignés… Peut-on l’écouter quand même ? est-ce qu’une proposition venant de lui est automatiquement disqualifiée ? ou au contraire, peut-il quand même avoir une bonne idée ? à chacun de voir…

La proposition, l’idée à laquelle je fais référence a été formulée sur l’antenne de france inter mardi matin. (L’émission est encore archivée, je ne sais pas pour combien de temps… et je ne suis pas sûr que cela vaille le coup de l’héberger ailleurs.)

Passons, à l’écoute de cette émission, sur la sempiternelle rengaine sur la relance nécessaire de la croissance du PIB. Passons sur la fascination pour tout ce que fait ou dit l’amérique d’Obama. Chérèque n’est pas seul sur ces positions, même dans le paysage syndicaliste, et il serait injuste de lui en tenir rigueur. Plus intéressante, à mon sens, est sa position sur la réunion de Sarkozy mercredi 18 février : manifestement, il veut prendre le président au mot et lui faire des propositions, avec un espoir plus que symbolique d’être entendu ! encore une fois, d’autres syndicats plus “fermes” arriveront avec des revendications et l’espoir ferme d’être ignorés, afin de sortir indignés et renforcés pour la lutte sociale. Soit ! et vive la lutte, tellement nécessaire devant la morgue et le mépris que nous subissons tous, employés, fonctionnaires, ouvriers, actionnaires… ah non, pardon, pas actionnaires.

Sauf que ce gouvernement semble avoir le cuir épais, et une sensibilité limitée à la lutte : seule la peur des débordements violents semble à même de lui faire faire marche arrière - ce qui au passage est presque une manière de légitimer les dits débordements !

La proposition, maintenant : entendant les arguments selon lesquels il faut relancer par l’investissement et pas par la consommation, Chérèque a proposé d’investir dans les personnes autant que dans les infrastructures : autant d’argent pour former les personnes sans emploi, les rendre plus performantes et attrayantes pour le marché du travail, tout en les indemnisant le temps de “passer la crise”. Le but ? préparer dans le même temps l’après-crise, où la france ressurgira avec une population active mieux formée, donc plus efficace et mieux payée. Le financement ? le retrait ou la suspension de la loi TEPA, dont il dit que les heures supplémentaires qui étaient peut-être une bonne idée avant crise ne le sont plus du tout dans le contexte actuel. Bilan : 5 ou 10 milliards d’euros redistribuer vers les populations souffrant le plus de la crise, non  pour les aider à consommer mais pour les former.

Bien sûr, ce n’est pas un changement radical de politique. Bien sûr, ça ne prépare pas un changement d’institutions (le nouveau mot de Besancenot pour “révolution”), ni même l’alternance. D’ailleurs, tout ça n’est même pas vraiment en contradiction avec les objectifs affichés du gouvernement Sarkozy. Mais justement, n’est-ce pas là la bonne idée ?

Présenter à Sarkozy une idée pas trop mauvaise, qu’il ne pourra pas balayer du revers de la main sans se contredire honteusement, et qu’il pourrait même (rêvons un peu) reprendre à son compte et appliquer ?

Et si Chérèque avait trouvé une voie d’opposition constructive à Sarkozy ?

A tous ceux qui trouvent ce billet horriblement centriste et procapitaliste : rassurez-vous, ce n’est qu’une petite hésitation. Je suis certain que dans moins d’une semaine, le Sarkome va me tirer de ce mauvais pas en montrant son incapacité pathologique à accepter la critique et à reconnaître ses erreurs : on gardera la loi TEPA, Chérèque repartira dans les cordes avec son idée, et les syndicats sortirons de l’Elysée avec une batterie de mesures de “relance” que le gouversident aura pris soin d’annoncer la veille aux médias, histoire de bien faire sentir son mépris de la concertation.

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Internet, logiciels libres et gauchistes

10/02/2009 13 commentaires

Pour commencer, je vais citer mes sources (ou ma bibliographie, plutôt), c’est principalement de ces deux supports (et aussi de mon expérience à moi que j’ai eu) que l’idée m’est venue d’écrire cet article :

Il va sans dire - mais ça va mieux en le disant - que je vous recommande chaudement d’aller regarder la vidéo enregistrée de Benjamin Bayart pendant sa présentation et de lire le bouquin de Laurent Chemla (pour les radins, vous êtes même pas obligés de l’acheter, il est disponible sur le lien que j’ai mis).

Définitions

Avant de rentrer dans le vif du sujet, et pour les néophytes, on va commencer par des définitions. Internet, c’est un réseau de réseaux ; c’est un réseau qui est issu de travaux financés par le ministère de la défense états-unien et développé par des universités américaines (Carneggie-Melon, Berkeley, Stanford, MIT,…). Le but principal était d’éviter que la perte d’un bout du réseau (typiquement, l’URSS détruit le Massachusetts, le réseau peut continuer à fonctionner même si le MIT n’est plus).

Les logiciels libres sont des logiciels (des programmes contenant, sous forme de script ou binaire, des instructions permettant de dire à un ordinateur de faire les trucs qu’on veut qu’il fasse) possédant plusieurs caractéristiques : on peut les utiliser comme bon nous semble et on peut regarder le code source (là, on a le dénominateur commun de toutes les licences logicielles libres). À partir de là, on peut en rajouter dans tous les sens : autorisation de modifier le programme (parfois, sous réserve d’en changer le nom - pour de sombres histoires de cohérence de systèmes), de diffuser les modifications (donner ou vendre), de faire tout ce qu’on veut, obligation d’utiliser la licence d’origine pour les modifications…

Quant aux gauchistes, je vais en prendre une définition assez large : en France, tout ce qui est à gauche du PS. Pour ceux qui ne voient pas, des gens qui sont (au strict minimum) pas très copains avec le capitalisme, et qui n’envoient pas des représentants à la présidence du FMI ou à la direction de l’OMC…

Des liens bilatéraux

Quels liens entre logiciel libre et Internet ? C’est une grande partie du propos de Benjamin Bayart - auquel je souscris quasiment entièrement - de dire qu’il n’y a pas d’Internet sans logiciel libre (tous les protocoles et la plupart de leurs implémentations à la base du réseau des réseaux sont libres), de même qu’il n’y aurait sans doute pas eu de logiciels libres sans Internet. Depuis le tout début de l’informatique, les barbus de l’époque avaient pris
l’habitude de s’échanger leurs disquettes (par courrier, à l’époque) de programmes pour que les uns bénéficient des améliorations des autres et vice-versa, mais les choses n’auraient certainement pas pris l’ampleur qu’elles ont aujourd’hui sans la possibilité de diffuser à aussi grande échelle pour un prix quasiment nul tous ces logiciels. Aujourd’hui, Internet permet à des internautes des quatre coins du monde de participer (contribuer du code, des rapports de bug, de la documentation, de l’aide sur un forum, de l’évangélisation,…) à un logiciel commencé dans le 5ème (coin du monde, pour ceux qui ne suivent pas).

De la même façon qu’Internet a permis le déploiement massif des logiciels libres, Internet a permis à toute une partie “gauchiste” du pays de tous les pays de s’organiser, de discuter,… Internet, et c’est là la principale thèse de Laurent Chemla, est un formidable outil de liberté d’expression et en particulier de démocratisation de cette liberté d’expression (tout particulièrement pour ceux qui n’ont pas accès aux moyens de communication mainstream). En effet, grâce à Internet, les “petits” partis disposent quasiment des mêmes moyens d’organisation et de réflexion (mailing-lists, forums, sites, blogs,…) que les “grands”[2].

Enfin, les relations entre logiciel libre et gauchistes… Ce point est clairement, selon moi, une honte pour les gauchistes ou une sacrée réussite de Microsoft® (voire les deux). Le fait de recevoir des documents au format Word® sur une quelconque liste de diffusion d’ATTAC, du ex-NPA (je connais pas le nouveau nom), du PCF,… est pour moi un mystère que je n’arrive pas à comprendre. On en arrive parfois à une servitude (informatique) volontaire[3] - réactions entendues : “mais pourquoi on changerait ?” et l’émancipation, camarade, ça te dit quelque-chose ? de plus, pourquoi moi (qui ne possède pas de logiciels me permettant de lire ce fameux format), je serais obligé de batailler pour lire ce document, alors qu’il existe des formats ouverts - Ainsi, on en arrive, même dans des milieux hostiles au grand méchant capital, à devoir se plier à un format propriétaire, et ceci alors que les valeurs portées par les logiciels libres (partage des connaissances, émancipation des utilisateurs,…) me paraissent tout à fait en adéquation avec le gauchisme.

(J’ouvre une parenthèse ici : beaucoup de gens dans le milieu du logiciel libre passent pas mal de temps à expliquer que le logiciel libre n’est ni de droite, ni de gauche. La plupart d’entre eux sont sincères, mais j’ai parfois l’impression que certains tiennent ce genre de propos pour éviter de faire peur aux pouvoirs en place, dont certains sont furieusement anti-communistes - en particulier aux États-Unis.)

De plus, un logiciel libre devient gratuit une fois qu’il a été payé (je suis sympa, hein ? ). Autrement dit, une fois que des gens ont donné de leur temps (ou de l’argent à d’autres qui peuvent alors y passer du temps), le système des licences libres permet de redistribuer le logiciel quasiment gratuitement (au prix du support : CD ou DVD, bande passante,…). Cette caractéristique permet de combler un fossé numérique entre riches et pauvres : il n’y a plus d’un côté ceux qui peuvent s’acheter le dernier tronçonneuse-base® et les autres, puisque postgresql ou mysql sont à la disposition de tout le monde ; cet argument est valable aussi bien pour des particuliers (bien que peu de particuliers aient besoin de tronçonneuse-base) que pour des coopératives (on va pas être grossiers et parler d’entreprises) et pour des états.

Quelle conclusion ?

Deux conclusions : la première, c’est pour adopter celle de Benjamin Bayart et diffuser l’idée que pour faire de l’Internet ce qu’il est encore, c’est-à-dire un réseau permettant une symétrie et une libre expression, il faut s’héberger nous-mêmes (merci Superno, je suis une grosse feignasse, je me flagellerai comme tous les soirs tout à l’heure).

Deuxième conclusion : il faut que ce que j’appelle les gauchistes reprennent à leur compte les logiciels libres, les utilisent, les diffusent, et décident de se passer une bonne fois pour toutes de certains trucs dont je tairai le nom par charité… Pour ceux qui ne peuvent pas se passer de ce genre de machins (parce que lorsque le seul ordinateur dont on dispose est au boulot, par exemple), il faut au minimum prendre conscience qu’il existe des formats ouverts, et que même les outils livrés avec Windows® peuvent en faire (ne serait-ce que du texte brut).

Petit épilogue : pour ceux qui connaissent un (voire plusieurs) de ces milieux, j’ai fait un certain nombre de raccourcis - parfois abusifs - et j’en suis conscient, mais cet article est déjà assez long, et se veut comme un premier pont entre ces milieux (et tout particulier le dernier “lien” que j’explore).

[1] je précise, afin d’être tout à fait honnête, que je connais (un peu) Benjamin Bayart.

[2] j’ai bien conscience que ce paragraphe est aussi applicable à des parties moins fréquentables de l’échiquier politique, mais c’est bien le propre de la liberté d’expression, et j’ai l’intuition que eux voudraient la limiter (cf. plusieurs exemples dans le bouquin de Laurent Chemla) ; et nous non (on est gentils ! ).

[3] ici, j’aurai dû avoir un lien à ajouter, mais plus moyen de remettre la souris dessus… (si mes souvenirs sont bons, il doit s’agir d’un article paru dans Le Couac, intitulé “de notre servitude (informatique) involontaire”).

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Concurrence et collaboration

08/02/2009 12 commentaires

Le but de cet article est de tenter de tordre le cou à la “concurrence libre et non faussée” (article I-3 du défunt Traité Établissant une Constitution pour l’Europe) comme panacée, étant donné l’acceptation relativement générale (même chez des gens qui se disent de la “vraie” gauche) que la concurrence, c’est bon pour le poil du con-sommateur.

Pour prendre un exemple parmi d’autres (et typique de l’argument que la concurrence, c’est le bien®), sur le marché des fournisseurs d’accès à Internet, il est communément admis que l’arrivée de nouveaux entrants (et tout particulièrement Free, pour ne pas les citer) a fait baisser les prix pour le client final.

On pourrait commencer par s’interroger sur ce que cache cette baisse de prix, en termes de qualité de service (et de hotline, par exemple). En effet, à une époque que les moins de trente (voire même quarante) ans ne peuvent pas connaître, il paraît que le service assuré par France Télécom était de qualité, et à prix pas forcément prohibitif.

De plus, les nouveaux entrants sur ce marché ont beau jeu de faire baisser les prix, tant donné qu’ils n’ont pas à supporter le coût énorme des infrastructures nécessaires au fonctionnement de ce service, puisque les millions de lignes nécessaires au  raccordement de (presque) tous les foyers au réseau téléphonique ont été financés
par nos impôts (pas les miens, j’étais trop jeune pour en payer à l’époque), mais je crois que tout le monde a saisi l’idée…

Enfin, la situation sur le marché des fournisseurs d’accès à Internet n’est pas une situation de concurrence, comme on a l’habitude de le dire, mais plutôt un oligopole (cf. Tableau de Stackelberg).

Pour résumer, la concurrence n’est pas “parfaite” dans quasiment tous les domaines, étant donné que l’on se retrouve avec très peu de vendeurs (typiquement, de l’ordre de la dizaine) pour plusieurs millions d’acheteurs[1].

Dans un système coopératif, les opérateurs d’un secteur seraient regroupés au sein d’une même entité ; idéalement, cette entité serait contrôlée de façon transparente et démocratique par les usagers du secteur en question (les salariés auraient bien évidemment leur mot à dire)… Ce qui s’en approche le plus aujourd’hui en France, c’est les sociétés publiques, contrôlées par l’état (je rappelle que l’état, c’est nous).

À mon sens, le système coopératif a plusieurs avantages :

  • le fait de n’avoir qu’un opérateur dans un secteur permettrait d’éviter certaines dépenses inutiles (genre publicité) ;
  • on n’a pas à utiliser du temps (que personnellement je considère comme perdu) à choisir un fournisseur pour un produit quasiment identique[2] ;
  • dans une situation que j’évoquais comme “idéale”, on pourrait contrôler cet opérateur (par exemple, décider que Powéo EDF ne produit plus d’électricité avec des centrales à gaz centrales à charbon).

Pour préparer cet article, j’ai cherché des publications scientifiques permettant d’appuyer ce que je disais… Un des papiers [3], basé sur des expériences, expliquait que le mode coopératif était plus efficace que le mode compétitif lorsque les moyens sont inter-dépendants (et quoi de plus inter-dépendant qu’un réseau - de câbles, de chemin de fer, de canalisations,…). En se basant sur ce papier, je me demande pourquoi nos (et pas que les nôtres) gouvernements successifs ont lancé, (lancent, (et lanceront)) des campagnes de libéralisation et d’ouverture à la concurrence des entreprises exploitant ces réseaux.

En conclusion, j’aurais tendance à dire que la concurrence est un leurre pour que les gens aient l’illusion d’être libres (quelle jolie liberté que de pouvoir choisir son fournisseur d’électricité) et perdent du temps à user de cette liberté plutôt que de se poser des questions sur l’état du monde…

[1] sans compter les ententes entre “concurrents” déjà constatées…

[2] pour prendre un exemple cher à notre taulier, quel avantage a-t-on à avoir le choix entre Powéo et EDF ?

[3] Beersma, Bianca, Hollenbeck, John R., Humphrey, Stephen E., Moon, Henry Kim, Conlon, Donald E. and Ilgen, Daniel R. ; Cooperation, Competition, and Team Performance: Towards a Contingency Approach. AoM Conflict Management Division 2002 Mtgs. No. 13167.

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La crise est clairement de droite

Petit coup de gueule du matin.

J’entend hier un brillant, forcément brillant, ministre (le Premier, peut-être) annoncer comme une vérité intangible :
“La crise n’est ni de droite, ni de gauche”
Je suis sincèrement désolé de devoir lui apporter ici la contradiction en affirmant haut et fort:
“La crise est clairement de droite”

Je ne sache pas que les inventeurs des crédits pourris, des subprimes et autres procédés fumeux de titrisation soit adhérents de la LCR, du PC, du Parti de Gauche, ni même du PS !
Il n’est pas avéré, loin s’en faut, que les industriels français de l’automobile (et leurs sous-traitants) qui ont délocalisé la production des voitures qu’ils vendent le plus (Twingo, Clio et Mégane chez Renault, par exemple) soient des trotskystes qui font de l’entrisme à l’UIMM et au Medef
Quoi qu’on pense de la grande distribution (pas vraiment du bien ici, ni ailleurs), ce n’est pas le Smicard de base qui a décidé que les haricots en conserve qu’il achète viendront du Kenya, le lait de Belgique, les T shirts de Madagascar ou de Chine, et la moutarde de n’importe où dans le monde, sauf de Dijon!
Les clients des opérateurs de téléphonie mobile, d’Internet, des assurances, etc. préféreraient entendre un accent marseillais, ch’ti, alsacien ou savoyard quand ils appellent l’assistance plutôt que quelqu’un contraint de changer son prénom pour que le client ne devine pas que son interlocuteur est au Maroc, en Inde ou que sais-je encore.
Quant à Minicolas, difficile de voir en lui un émule de René Dumont quand il lance le second EPR alors que le premier (le finlandais) n’est pas terminé, est en retard et va coûter un max de pognon à Areva, et que el chantier du premier français (Flamanville) a été arrêté parce que l’entreprise du parrain de son fils avait merdouillé sur la qualité du béton de la ‘base’!

Quant à l’argument ‘éculé’: “On ne peux pas relancer par le pouvoir d’achat, les gens vont se précipiter pour acheter des écrans plats qui ne sont pas fabriqués en France’, on va faire un petit calcul vite fait.
Le taux ‘net’ du Smic (depuis le 1er juillet 2008, pas augmenté depuis) est de 6,81 €, soit 1.037,53~€ pour celui qui a la chance d’avoir un boulot à temps plein (source: http://www.leparticulier.fr/indices-chiffres/smic-voir-0-divers-1957.html)
Si le Smic et les autres ‘petits’ salaires augmentait de 5 %, ce qui est beaucoup au dire des droitistes, cette hausse correspondrait à 51,87 €.
En cherchant un peu, on peux trouver des télés à écran plat entre, à la louche, 700 à 1.500 € (désolé, je ne susi pas spécialiste du sujet)
Il va en falloir du temps, donc, au travailleur ‘pauvre’, pour se payer ce bel écran plat, non ?

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